Opinion – Monnaie pleine : une lourde menace pour notre économie

 Le danger est réel!

Guy-Philippe Bolay, Député, Lutry  |L’adoption de l’initiative «Monnaie pleine», soumise au vote du peuple et des cantons le 10 juin prochain, rendrait les prêts hypothécaires aux particuliers et les crédits aux PME plus onéreux et plus difficiles à obtenir. Ce système, qui n’est en vigueur dans aucun pays et qui ferait de la Suisse un îlot monétaire expérimental à haut risque, exige que la Banque nationale suisse (BNS) soit seule habilitée à émettre «de la monnaie, des billets de banque et de la monnaie scripturale comme moyens de paiement légaux». Si ce texte devait être appliqué, les banques commerciales de notre pays ne pourraient plus faire travailler les avoirs sur les comptes à vue, qui produisent des revenus et qui permettent de verser des intérêts à leurs clients. L’octroi de prêts serait ralenti et leur coût renchérirait, car les établissements bancaires devraient d’abord rassembler les fonds nécessaires jusqu’au dernier centime avant de pouvoir en octroyer. Il ne fait aucun doute que ce système, soutenu par des apprentis sorciers, mettrait à mal notre prospérité, car les entreprises qui investissent, innovent et créent des places de travail ont absolument besoin de crédit. Mais ce n’est pas tout. Ce modèle funeste aboutirait à une augmentation des taux d’intérêt. Car la raréfaction de l’offre bancaire nécessiterait de stimuler l’épargne privée, qui deviendrait alors la seule source de financement de l’économie. Or, l’expérience nous enseigne qu’une hausse de l’épargne privée conduit à une diminution de la demande globale, et donc à un ralentissement de l’économie. Une telle perspective n’est clairement pas dans l’intérêt des entreprises. Et encore moins des locataires qui seraient pénalisés par la hausse des taux hypothécaires. La BNS s’oppose elle aussi à «Monnaie pleine». Notre banque centrale estime que cette initiative ne pourrait empêcher l’émergence de cycles de crédit ni de bulles immobilières ou financières. Interviewé dernièrement par la RTS, l’ancien vice-président de l’institution, Jean-Pierre Danthine, est d’avis que cette initiative «se trompe d’époque», car elle reprend une discussion déjà menée dans les années 1930. «On a regardé deux systèmes possibles pour rendre plus sûres les banques: l’un, c’est la monnaie pleine, et l’autre, c’est l’assurance des dépôts, solution qui a été adoptée par tous les pays développés», a-t-il expliqué sur les ondes romandes. Rappelons que la Suisse a su tirer les leçons de la crise financière de 2008 en prenant les mesures qui s’imposaient pour augmenter les exigences en matière de liquidités et de fonds propres. Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de tous. Cette initiative est combattue de tous côtés: le Conseil fédéral, la Parlement, la BNS, les organisations économiques, la quasi-totalité des professeurs d’économie, les partis de droite comme de gauche, et même quelques syndicats la rejettent. Il n’y a dès lors pas d’hésitation à avoir: il faut voter un NON déterminé le 10 juin prochain.