Moudon – Sursis pour le Musée Burnand

Création de l’association des Amis du Musée Eugène Burnand

Douglas LeBorgeau  |  Le Musée Eugène Burnand de Moudon vient d’acquérir une très belle œuvre de l’artiste. Cette acquisition ne saurait cacher les difficultés auxquelles l’avenir de la collection fait face. Le Musée est le seul dans le canton qui n’est consacré qu’à un seul artiste. Avec deux ans de survie dans les lieux actuels d’exposition, c’est tout un concept qui est appelé à être remis en question, voir disparaître. La Fondation du Musée vient de créer une nouvelle association «Les Amis du Musée Eugène Burnand». Elle compte sur son apport pour promouvoir et récolter des fonds. En plus, pour démontrer son dynamisme, elle vient d’acheter lors d’une vente aux enchères à Berne «L’abreuvoir», une œuvre de dimensions respectables qui a été peinte en 1895 au Seppey, au dessus de Moudon. La ferme, de ce tableau pris sur le vif, est toujours propriété de la famille Küffer. Cette œuvre qui a connu passablement de péripéties a été achetée grâce au concours de la COREB (Communauté régionale de la Broye). Cet achat a pu se concrétiser grâce aux bénéfices engendrés par la Fête fédérale de lutte d’Estavayer en 2016. Il a été acquis pour 46’000 francs. Les superbes tableaux d’Eugène Burnand, le plus souvent représentant des animaux domestiques avec des paysages du Jorat, dont son célèbre «Labour dans le Jorat», nécessitent des locaux adaptés aux importantes dimensions. C’est là un des casse-têtes des autorités qui désirent que ce patrimoine reste à Moudon. On oublie vite que Moudon était un centre administratif et judiciaire et qu’elle était devenue la capitale des «Etats de Vaud». A ce titre, elle mérite mieux qu’un oubli, voire mépris, des actuelles autorités cantonales. Pour preuves, la désertion du Registre foncier cantonal, du Juge informateur et de la Police de sûreté. Devant des arguments souvent d’ordre pécuniaire, pas un politicien n’a réussi à préserver ne serait-ce qu’un zeste d’implantation de bureau étatique à Moudon. Ils sont tous passés sous d’autres cieux. Le musée actuel, sur une parcelle de 12’943 m2, est propriété de l’Etat qui l’a mis en vente. On peut se demander pourquoi? Depuis deux ans, le canton fait des bénéfices. Brader son patrimoine construit pourrait se justifier en cas d’importante disette, mais en cas d’opulence? Les arguments pour la vente de ce joyau du Vieux Bourg ne manquent pas. On pourrait y construire qua-tre villas, sans compter un parking. Par contre, l’accès est difficile pour les gros bus, les personnes à mobilité réduite sont oubliées, etc. Lorsque on veut tuer son chien on prétend qu’il a la galle… Le musée actuel accueille un millier de visiteurs par année. Ce n’est pas assez. Le comité actuel s’évertue à organiser des expositions temporaires pour l’animer. Ainsi, à l’occasion du 100e anniversaires de la fondation du groupement des Paysannes vaudoises à Moudon l’exposition sur le thème «Campagne d’autrefois» se terminera le 25 novembre prochain. La prochaine exposition temporaire, l’an prochain, sera consacrée à Gustave de Beaumont (1851-1922). C’était un camarade d’étude de Ferdinand Hodler et surtout un proche ami d’Eugène Burnand à Paris et tout au long de leurs vies. On ne peut que souhaiter aux deux associations et à la ville de Moudon de conserver ce patrimoine exceptionnel d’Eugène Burnand. Le canton doit cesser de ne s’intéresser qu’à des considérations bassement mercantiles. La culture est comme la confiture, plus on en manque, plus on l’étale, et comme il y en a de moins en moins…

Frédérique Burnand et Olivier Barraud, municipal de Moudon devant le tableau « L’abreuvoir »

Reproduction d’une carte postale d’Eugène Burnand