Michael Kiwanuka – Love & Hate

Lionel Taboada  |  Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas écouté une daube pareille! Pourtant croyez-moi, je n’ai qu’un respect très limité de ce que j’inflige à mes oreilles et à celles de mes voisins, mais ce monde traverse déjà assez de tragédies sans devoir en plus se coltiner ce disque. Pis franchement, esthétiquement parlant, il n’y a même pas une gonzesse qui «twerk» sur la pochette, tu parles d’un artiste…

Voilà sans doute ce que tu ne liras jamais sur le deuxième album de Michael Kiwanuka, et ce n’est certainement pas moi qui vais commencer! Je ne vais pas y aller par quatre chemins, ce disque est une perle à l’état pur, un évènement comme il n’en arrive pas assez souvent et de mémoire d’oreille rarement un artiste n’aura autant fait l’unanimité. Cette nouvelle galette met tout le monde d’accord: la presse (même «Les Inrocks», si si), les fans, les professionnels, et même mon charcutier me confiait avoir été pris… aux tripes. Des dix minutes «Pink Floydiennes» de la chanson d’ouverture «Cold little heart» aux dernières notes de guitares fuzzy de «The final frame», en passant par l’hypnotisant «I’ll never love» et le tubesque «Black man in a white world», ce disque c’est 1 heure de voyage sonique en 1re classe. Les paysages et les ambiances défilent; il te caresse les oreilles, te laboure le cœur et te plonge dans une sorte de coma conscient. Rares sont les disques où il n’y a aucune chanson à jeter, celui-ci en fait partie. Tu te souviens de la dernière fois que tu as écouté un album de A à Z sans zapper un titre?

Quand tu maîtrises le parapente et que tu as envie de passer à la vitesse supérieure, en général tu te balances du haut d’une falaise avec un parachute sur le dos; on appelle ça du base jump… ou de l’inconscience c’est selon. Eh bien cette nouvelle galette c’est le base jump musical de Michael Kiwanuka. Après le magnifique vol en parapente du premier album c’est sous l’impulsion de son producteur Brian Burton (Adele, U2…) qu’il finit par se lancer dans le vide pour ce deuxième opus avec pour seul parachute, toi, son public. Loin d’être une tête brûlée – ça fait quatre ans qu’il gamberge sur ce projet (voilà ce qui arrive quand on n’arrête pas de comparer un type à Otis Redding, Marvin Gaye ou Bill Withers) – chaque note est réfléchie, chaque parole est pensée et on peut dire que l’atterrissage est magnifiquement orchestré. Paraît qu’après un saut en base jump la première chose que t’as envie de faire en arrivant en bas c’est de recommencer, espérons que ça sera aussi le cas pour lui.

Certains osent parler de «l’album de 2016» et tu sais quoi, j’en fais partie! Eh oui mon coco, précipite-toi chez ton disquaire ou plutôt chez ton bijoutier, car à ce niveau-là on ne parle plus de musique mais d’orfèvrerie. Si tu dois n’écouter qu’un seul album cette année c’est celui-ci.

Quoi qu’il en soit n’écoute pas ce qu’on te raconte, écoute des disques! www.limited-music.ch