Lutry – Apéro de fermeture, ce soir jeudi 21 mars

Fermeture de la librairie Cha-Pitre

Isabelle Troyon fermera définitivement sa librairie le 31 mars

Propos recueillis par Christian Dick | Spécialisée dans les livres pour enfants, une des dernières librairies indépendantes fermera ses portes le 31 mars. Isabelle Troyon a ouvert son établissement, Cha-Pitre, en septembre 1996 à Lutry.

Comment est née cette librairie  ?

À l’âge de 10 ans déjà je voulais être libraire. J’en ai fait mon métier. A 41 ans, les conditions étaient réunies pour créer Cha-Pitre. C’est la librairie de Bex qui m’a insufflé l’amour du métier. Dix-huit ans dans un centre de loisirs ont développé mon rapport aux enfants. Un an dans une école d’arts et quatre dans une bibliothèque pour la jeunesse ont précédé Cha-Pitre.

Les enfants dont vous avez eu la visite ont-ils acquis le goût des livres ou de la lecture grâce à vous?

Je pense. Je l’espère. La transmission a été faite, les graines ont pu germer.

Avez-vous quelques anecdotes à nous raconter?

Un jour, j’ai voulu commander deux exemplaires d’un livre pour enfants, Polo l’Ourson. Par mégarde, j’en ai commandé bien davantage. Hésitations. Puis j’en ai décoré toute la librairie et j’ai tout vendu grâce à la gentillesse de mes clients. Une autre fois, alors que la librairie était fermée mais pas à clé, un client est entré et a déposé un choix de livres sur le comptoir en laissant un mot disant qu’il passerait prendre les livres et les payer le lendemain à la réouverture. Cette anecdote illustre bien la bonhommie conviviale du bourg de Lutry.

Avez-vous eu des moments de lassitude?

Jamais. Toutefois, avec les années, les journées me semblaient plus longues. Il y avait davantage de monde auparavant. J’ai eu quelques fois des moments de solitude, mais d’ennui jamais.

Chiffres constants, malgré internet?

Je ne crois pas avoir été touchée par le phénomène. La plupart des ouvrages que je présente est illustrée et s’adresse à l’enfance où le livre a encore toute sa signification. Il noue des liens, crée des échanges et amène des discussions magnifiques. Il y a des histoires dans l’histoire.

Comment voyez-vous l’avenir du papier?

Je n’envisage pas l’avenir du livre sans papier. Il y a le toucher. J’aime le matériau. Ecologiquement, ce n’est pas tout juste, mais je ne suis pas sûre que la tablette le soit davantage. J’ai d’ailleurs toujours un carnet sur moi ainsi qu’un livre et de quoi écrire ou dessiner. Ce sont mes indispensables. J’ai une relation sensitive avec eux.

Pourquoi se termine cette aventure?

Je me suis préparée depuis plus d’un an à cette fermeture. Je n’ai pas reconduit le bail et ne ferme pas pour des raisons économiques. Mais après 45 ans de carrière et plus de 22 passés dans ma librairie Cha-Pitre, j’ai envie de poursuivre ma route autrement et sans horaires. C’est une nouvelle étape qui commence. Avec le vent et le lac, j’entretiens un rapport plutôt étroit. C’est une histoire d’amour. Au mur est d’ailleurs agrafée la phrase suivante: «Afin de prolonger le voyage au rythme du vent…»

Mais avant…

Le 21 mars, entre 18 et 20h, j’offrirai l’ultime soupe de la libraire. Ce moment convivial sera l’occasion de remercier mes clients et de leur dire que je termine grâce à eux ce passage dans la joie et sans regret. Tout le monde est d’ailleurs invité.