Littérature: L’autre Edgar

Milka  |  Voilà ! Chaque été, pendant que d’autres partent au soleil, j’attends mon tour. Mais tout vient à point pour qui sait attendre. Et chaque été, je reçois en primeur le dernier livre d’Anne-Frédérique Rochat. Et je suis chaque fois impatiente: je déchire l’enveloppe, observe la couverture, puis le titre, puis je plonge !

Et comme chaque fois, j’aime. De plus en plus. De mieux en mieux. Anne-Frédérique Rochat écrit de mieux en mieux, de façon subtile. Mais dans ce roman, au-delà de son écriture que j’adore, l’intrigue est bien ficelée: pas un polar haletant, une intrigue romanesque je dirais. Et comme Anne-Frédérique Rochat prend souvent des situations que chacun peut ou pourrait connaître, je me suis demandée tout de suite où elle voulait en venir. Quel était son fil rouge.

Là est la subtilité, on ne sait pas tout de suite ce qu’elle va approfondir: le sort de cet enfant qui est né après le décès de son aîné et qui va porter le même nom, les liens qu’il tisse avec cette gentille voisine qui joue un peu le rôle de grand-mère et dont sa mère sera forcément jalouse, ou cette relation fusionnelle avec sa mère que l’on trouvera quelquefois malsaine.

Dans ce roman, Edgar a hérité du prénom de son aîné, décédé de mort blanche. Il tentera toute sa vie de se débarrasser de ce fantôme qui le hante. Si son frère n’avait pas perdu la vie brutalement, existerait-il lui, l’autre Edgar ? Au fil des pages, on suit le destin de cet enfant né pour combler la disparition de son frère aîné, sa difficulté à trouver sa place dans le monde, à définir son identité, suis-je moi, suis-je l’autre ? Ainsi que ses déboires sentimentaux.

Plusieurs femmes vont influencer sa vie. Que des femmes. Tantôt maternelles, tantôt sensuelles, on ne distingue pas toujours la frontière. Une mère possessive, une voisine toute en douceur, qui lui fait des gâteaux, du chocolat chaud, avec qui il a rendez-vous en douce. Des relations très particulières qui le feront grandir, se construire, sans influence masculine.

Sa mère aussi, si différente, si aimante mais si distante à la fois, qui ne supporte pas qu’une autre femme lui témoigne de l’affection. Qui le veut pour elle toute seule. Dur fardeau que de remplacer à la fois son frère mais aussi son père.

Un roman psychologique, bien amené, dont on a toujours envie de connaître la suite sans toutefois la deviner.

Moi je n’ai qu’un mot à adresser à Anne-Frédérique Rochat : Bravo. Du grand art, de mieux en mieux, en perpétuelle amélioration ! Mon préféré en tout cas sur les cinq.

Donc si vous ne voulez pas louper un bon roman, courez l’acheter ! En librairie le 19 août.

Voici ses romans déjà parus: Accident de personne – Le sous-bois – A l’abri des regards – Le chant du canari ; tous aux Editions Wilquin.