L’information: outil le plus puissant de notre siècle

Gérard Bourquenoud  |  Du petit matin au crépuscule, voire jusqu’au cœur de la nuit pour ceux et celles qui travaillent dans un quotidien, à la radio ou à la télévision, les journalistes vous disent ce qu’il faut savoir et penser de ce qui se passe dans le monde, dans son pays, son canton, sa région, sa ville ou son village. Les responsables de l’information forment un ensemble de personnes qui tiennent entre leurs mains l’outil le plus puissant de notre siècle: l’information. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Comment vivent-ils ? Ce sont les questions que bon nombre de gens – qu’ils soient lecteurs de la presse écrite, auditeurs ou téléspectateurs – se posent à longueur de journée.

Soumis à un rythme de travail intensif, leurs contacts sont pour la majorité limités aux rencontres utiles avec des informateurs de haut niveau (tels que personnalités du monde politique ou économique, intellectuels, mais aussi des responsables d’associations différentes quels que soient leurs buts), selon des rites précis, entretiens avec les autorités fédérales, cantonales ou communales, militants politiques, institutions diverses et bien d’autres activités dont la liste serait trop longue à énumérer. Plus le niveau de leur responsabilité augmente, plus celui de leurs relations s’élève. Hormis des occasions familiales ou cercles d’amis, les responsables de l’information n’ont guère le temps de fréquenter les gens qui vivent dans un quartier de la ville ou d’un hameau à la campagne. Cela ne veut pas dire que les journalistes dénigrent les gens ordinaires.

Les informateurs sont la source et la garantie de leur pouvoir. Celui-ci réside en grande partie dans un réseau patiemment entretenu de relations personnelles dont certaines peuvent remonter à l’enfance ou à l’adolescence. Pouvoir joindre à tout moment l’homme clef qui fournira l’information décisive ou l’éclairage permettant d’en saisir la signification est une nécessité vitale. Il y a, il est vrai, des règles du jeu à observer, des silences à respecter. Le journaliste doit savoir jusqu’où il peut aller, car lorsqu’il est cité devant un tribunal, il n’a que très peu de monde pour le soutenir. J’en ai fait moi-même l’expérience.

Les responsables de l’information sont, par nature, des gens que la population – de Suisse romande en particulier – aiment rencontrer. Même si aujourd’hui l’élite journalistique fait partie d’une tradition culturelle où la forme prime le fond et où l’impertinence est toujours mesurée. Voulant éclairer le peuple sans l’assujettir, mêlant la lucidité au scepticisme, elle cherche à expliquer, à simplifier, à préparer les évolutions nécessaires plutôt qu’à dénoncer ou à bouleverser les situations acquises.

Si nous avons largement parlé des qualités requises pour être un bon journaliste d’information et non à sensation,  il y a un autre souci qui, à l’heure actuelle, préoccupe les éditeurs de journaux. Ceux-ci se posent en effet la question de savoir si la presse écrite va être encore en mesure de vivre et quel avenir lui est réservée depuis que l’informatique domine le monde sur le plan de l’information et que de ce fait la régression des abonnements se fait sentir dans la plupart des quotidiens, journaux régionaux et magazines. Toute la presse écrite est dès lors contrainte de chercher un nouveau dynamisme, d’évoluer rapidement pour devenir encore plus attractive, afin de maintenir la confiance et la fidélité du lectorat. Les éditeurs se doivent donc de franchir un nouveau pas qui consiste à étoffer le contenu du journal avec de la diversité dans l’information. Il est évident que tout cela exige réflexion, mais également du caractère et de la volonté sans faille de la part des artisans d’un quotidien ou le journal d’une région.