L’histoire de nos villages: Ropraz et Servion

Ropraz

Claude Cantini  |  Jusqu’à la fin du XIIIe siècle la localité appartenait aux seigneurs de Vulliens… de Vulliens. Par la suite une certaine autonomie s’est dessinée. En 1354 arrivent, par mariage, les Bonvillard et les Fernex : il s’agit alors d’une coseigneurie.

En 1421, la partie des Bonvillars (le village ne compte que neuf feux) est vendue aux Glannaz qui, sans fils, seront remplacés au XVIe siècle par les Sordet. Des Griset remplacent probablement les Fernex dans leur partie de la seigneurie. Vers 1610 un nouveau mariage fait passer le domaine des Sordet aux Clavel. Ces derniers donneront rapidement la preuve de leur mentalité en essayant de « remettre en vigueur des droits féodaux depuis longtemps tombés par « non usance ». Ce ne fut pas sans une vive opposition de la part des communiers de Ropraz » (Dictionnaire Mottaz). Après avoir instruit le procès, en septembre 1694, la cour baillivale donna en gros raison aux habitants.

La situation resta calme jusqu’en 1795. A partir de cette date, les seigneurs Clavel, sentant le vent politique tourner, proposèrent aux gens de Ropraz de les affranchir, bien entendu moyennant finance. Après une année de négociations, en mars 1796 une convention fut signée : les Clavel mirent ainsi fin à leur domination.

Jusqu’à la Réforme, Ropraz faisait partie de
la paroisse de Vulliens ; il passera ensuite à celle de Mézières. La chapelle de 1282 fut rebâtie en 1761 et restaurée en 1893. Aujourd’hui elle est classée.

Une école est mentionnée dès 1648 ; le collège, lui, date de 1830. Le château des Ussières, de 1680 environ, acquis en 1785 avec le domaine de huit poses par l’avocat Henry Chollet, n’est qu’un manoir. Il a aussi été classé, de même que la « Ferme Gilliéron » au Clos Burnat, de 1633. Une autre maison de maître, de 1620, se trouve au Clos-Devant.

Des fermes encore actives en 1997, l’on peut signaler celles de 1730 (à La Corne-à-Burnod), 1740 (à La Goille), 1770 (avec auberge, au Village), 1780 et 1790 (aux Granges), 1795 (au Pré-d’Aury) et 1799 (au Gros-Tierde). Signalons encore trois maisons paysannes : de 1724 (En Paccotton), de 1749 (au Pela) et de 1793 (à La Possette). La société de fromagerie a été créée en 1883.

En février 1903, Ropraz et deux autres villages de la région (Ferlens et Carrouge) ont défrayé la chronique : trois tombes de leurs cimetières ont été nuitamment vandalisées ainsi qu’à Ropraz le cadavre d’une jeune fille décédée quelques jours auparavant, violé. Ces crimes ont été la source d’un indiscutable succès littéraire au sujet duquel il faut insister sur le fait que – contrairement à la fantaisie de l’écrivain Jacques Chessex, suivie de l’emphase de certains critiques – Charles-Auguste Favez (un des suspects) n’en a pas été l’auteur. En effet, s’il a été interné à l’Asile de Serix (dont il s’est échappé en 1915 et disparaîtra), c’est après que le jury du Tribunal d’Oron l’eut reconnu non coupable des crimes nécrophiles. Il fut condamné oui, mais pour attentat à la pudeur avec violence, commis dans un état de démence alcoolique le rendant irresponsable, d’où l’internement psychiatrique.

 

Servion

Claude Cantini  |  Au milieu du XIIIe siècle le village appartenait aux Salvion, vassaux des comtes de Savoie.

Sous les Bernois, les droits féodaux étaient partagés entre le bailliage d’Oron, les chartreux de la Part-Dieu (Gruyères), les de Crousaz et, au XVIIIe siècle, un Veveysan dénommé Falconnet.

Uni à Ferlens depuis des siècles, Servion s’en sépara lors du partage de 1820.

Une chapelle, aujourd’hui classée, est mentionnée dès 1453 ; la paroisse était déjà celle de Mézières. La maison de commune (avec école à l’époque) est de 1836.

Trois fermes (encore actives en 1997) sont du XVIIe siècle : au Champ du Motty, 1648 et 1659, et au Praz Diaux, 1688, et quatre fermes sont du XVIIIe. Parmi les anciennes, une est de 1684 (En Dronchire), deux de 1768 (au Clos de l’Auberge, où le droit d’exploitation est ancien, donc coexistant avec l’exploitation agricole), et une de 1795 (En Peyvraz). Une ancienne ferme de 1841 a été transformée en auberge et une autre, de 1851, en boulangerie ; une ferme de 1922 abrite aujourd’hui la grande salle.

Deux institutions ont fait et font la renommée de Servion : le Café-Théâtre, qui vient de fêter sa 50e Revue et qui a commencé son activité en 1965 par la « Fête du printemps », et le Zoo, qui a ouvert en 1974 et qui s’est bien développé depuis.