L’histoire de nos villages – Carrouge et Chexbres

Claude Cantini

Carrouge

Dès le Moyen-Age, entre le XIIIe et le XVe siècle, le village a d’abord appartenu aux vassaux du comte de Savoie, les de Vulliens. Puis, le village devenant autonome et les mariages aidant, il y aura plusieurs seigneurs spécifiques: les de Blonay, les de Lenzbourg, les Meyer, les du Moulin, les de Graffenried (jusqu’en 1771) et enfin les de Diesbach.
La chapelle date de 1709. En association avec Mézières dès 1790, une école est ouverte en 1846 dans un bâtiment d’époque. Il est à noter qu’avant d’avoir des collèges, l’école vaudoise a été contente d’avoir à disposition, dans bien des villages, une ou deux pièces d’une bâtisse paysanne.
Carrouge est aussi le village des fours à pain qui sont encore au nombre de six. Le plus ancien date du XVIe siècle, un de 1780 et les autres du XIXe, dont le four public (1860).

 

Chexbres

Si l’on s’en tient à la tradition orale, la fondation du village pourrait remonter à l’an 563 quand a eu lieu l’éboulement du Grammont (situé au-dessus d’une localité appelée Tauredunum, à l’emplacement actuel des valaisannes Evouettes). L’éboulement provoqua un raz de marée qui balaya les côtes lémaniques, obligeant les habitants lacustres à se retirer sur les hauteurs… Cependant, cette hypothèse a du plomb dans l’aile, d’autant plus que certains historiens l’attribuent à Saint-Saphorin.
En 1901, des découvertes archéologiques ont confirmé l’existence d’habitats à partir du IIe siècle, donc de l’époque romaine. S’il est question de l’abbaye de Saint-Maurice comme souveraine de la contrée jusqu’en 978, c’est vers 1057 que la veuve de l’empereur Henri III remet Chexbres et ses environs au duc de Souabe, Rodolphe de Rheinfelden. A sa mort en 1080, ses biens vaudois passent à Burcard d’Ottingen, prince-évêque en charge de l’Evêché de Lausanne, et le resteront pendant plus de quatre siècles.
En plus de l’évêque et de son château, Chexbres a connu d’autres seigneurs, comme les comtes de Gruyère et ceux de la maison d’Oron (qui étaient parfois les mêmes).
L’administration incombait à un «mayor» féodataire et dont la fonction – la «mayorie» – était héréditaire. Il était souvent aidé par un «métral» chargé plus particulièrement de la fiscalité et de la justice. Le premier «mayor» connu était un Pierre (en 1134); en 1248, un autre Pierre ouvre la voie à la famille des de Crousaz, dont le «château» est encore visible mais à l’agonie si l’on en croit un voisin. La fonction de «métral» fut supprimée en 1275 et le dernier, dénommé Guillaume, donnera naissance à l’éphémère lignée des La Paleyre. Cette lignée s’éteindra vers 1490.
En 1530, Chexbres compte 38 familles et 630 habitants; l’évêque de Lausanne administrera directement ses biens pendant six ans, soit quelques années seulement avant l’occupation bernoise. Puis Berne nommera elle-même sur place des gouverneurs dont le premier sera Jacques Pachoud en 1543.
La communauté de Chexbres restera unie à Puidoux, Rivaz et Saint-Saphorin. La grande paroisse de Saint-Saphorin n’avait qu’un seul pasteur et ce n’est qu’en 1734 qu’un nouveau poste est créé en même temps que la nouvelle paroisse qui englobera Puidoux. Le temple de 1726 a été remplacé par un nouveau, en 1888. En 1811, Chexbres et le hameau de Montellier accèderont à l’autonomie communale. Au hameau de Montellier, le petit Château de Paleyre, habité jusqu’au XVIIe siècle et en ruine depuis, a été partiellement réhabilité dès 1946.
Les vignes sont mentionnées pour la première fois en 906. Et si les oliviers furent détruits par le grand gel de 1709, Chexbres avait encore vers 1800 beaucoup de noyers dans sa campagne. L’huile de noix était alors utilisée pour l’éclairage et son bois était très recherché pour la fabrication de crosses de fusil. Cette dernière utilisation provoquera une forte diminution du nombre d’arbres.
Le premier bureau de poste, lié à la mise en service de la diligence Vevey-Moudon, voit le jour en 1830. Le collège actuel a été construit en 1897.
Les épidémies n’ont pas épargné la région, la dernière fièvre typhoïde eut lieu en 1841. La mauvaise qualité de l’eau et l’état lamentable des égouts en étaient la cause, un véritable réseau d’eau dut être installé en 1923.
En 1910, le village comptait une quarantaine de livreurs de lait et autant d’écuries. C’est l’époque où se réalise une scission économique qui touche parfois une même famille, partagée entre ceux d’en haut (les paysans) et ceux d’en bas (les vignerons). A partir du dernier quart du XIXe siècle, et profitant de la réalisation des chemins de fer et de la nette amélioration du réseau routier, Chexbres connaîtra un fort développement touristique dont l’essor sera bloqué avec la Seconde Guerre mondiale. Tourisme de santé principalement, le climat favorable et la vue du Léman étant les arguments développés pour attirer la clientèle dans de multiples établissements qui ouvriront entre 1886 et 1913: l’Hôtel du Signal, l’Hôtel Victoria, l’Hôtel Bellevue, le Grand Hôtel (devenu Préalpina), l’Hôtel Cécil, l’Hôtel du Nord et le Lion d’Or, en plus de nombreuses pensions de famille et maisons de repos. La clinique du Dr Ernest Reymond (aujourd’hui La Colline) dite «pour maladies nerveuses» ouvre en 1901. Adepte de l’hydrothérapie, le Dr Reymond utilisera l’eau du Forestay – par ailleurs une des seules forces hydrauliques de l’époque – pour ses patients en aménageant au bord de la cascade une grande douche naturelle. Il construira même entre Saint-Saphorin et Glérolles les «Bains Reymond» pour offrir une hydrothérapie lacustre. Après le décès du docteur en 1917 la clinique deviendra une simple pension.