Les USA plein la vue

«Fahrenheit 11/9», un documentaire de Michael Moore

Colette Ramsauer  |  Après «Fahrenheit 9/11» référence au 11 septembre 2001 (Palme d’or Cannes 2004) Michael Moore emprunte le titre «Fahrenheit 11/9», allusion au 9 novembre 2016, date de l’élection de Donald Trump au pouvoir des USA. Evocation d’une nouvelle catastrophe.

Combat incessant

Depuis une trentaine d’années, le réalisateur n’a cessé par des films documentaires, vidéos, écrits, de dénoncer les disfonctionnements et les injustices dans son pays. Pour certains, ses films sont vus comme des «documoqueurs, des brûlots subjectifs à l’humour mordant». Libre choix de penser. Michael Moore touche là où le bât blesse. Son humour vise d’abord le pouvoir en place. Il dévoile des vérités, se bat pour les minorités, les plus démunies. «Fahrenheit 11/9» prend la température d’une Amérique malade.

Dans son fief

Malade d’une contamination lourde de l’eau potable, la ville de Flint, Michigan où est né le réalisateur. Elle fut le terrain de son premier film «Roger et moi» en 1989. Son père était ouvrier de la General Motors, liée aujourd’hui aux polémiques autour de la contamination par le plomb. Des milliers d’enfants de la couche pauvre de la population sont concernés. «Les tests sanguins ont été truqués par le gouvernement» affirme le personnel de la santé, preuves à l’appui. «Je ne quitte pas l’endroit car personne ne veut de ma maison» explique cette mère, habitante de la partie sinistrée de la ville.

L’école publique à bout de souffle

Crise en Caroline du Nord, où après dix années de coupes budgétaires, les enseignants entament une grève de 9 jours au printemps 2018. Qui se propagea rapidement à d’autres Etats. Selon le sérieux Education Week, l’enseignant moyen dans trente Etats gagne moins qu’un salaire de subsistance. Un enseignant sur cinq occupe un deuxième emploi pour joindre les deux bouts, beaucoup ont trois emplois. Dans les districts ruraux du Colorado, le revenu de 95% des enseignants est inférieur au coût de la vie.

Parkland

La fièvre des jeunes citoyens suite à la fusillade faisant 17 morts dans une école de Parkland, Floride, le 18 février dernier. Pour dénoncer le laxisme des lois sur les armes, les adolescents unis derrière leur figure de proue, la militante Emma González qui a échappé au massacre, organisent seuls 700 manifs aux USA. Une centaine de par le monde font de même. Aucun adulte n’est admis sur la tribune.  Grâce aux réseaux sociaux, les jeunes forment aujourd’hui le meilleur des mouvements politiques. Ils aspirent à une Amérique du futur, et non à un retour au rêve américain: faussement démocrate, raciste, misogyne, favorisant les plus riches. Auront-ils raison des tricheries électorales? Selon Michael Moore, le plus grand parti américain au moment des élections de 2016 fut la masse des abstentionnistes qui en ont ras le bol, quand ils ne sont pas désespérés. «Le réconfort ne suffit pas, il faut des actions» déclare un solidaire favorable au retour du port du bandana.

Débit d’images

Impressionnant montage d’un flot d’images de discours politiques, interviews sur le terrain, news en captures d’écran, atmosphère de foules, avec une B.O. puisant avec justesse dans le répertoire classique, la conclusion mène en Allemagne pour des comparaisons (un peu longues) entre la naissance du régime nazi et celui débutant de Donald Trump. Etonnantes similitudes. Le film débutait avec l’image d’Hilary Clinton se voyant gagnante aux élections le 11/7 2016: jamais on allait élire un homme de la trempe de Trump! Cependant, deux jours plus tard le 11/9 2016, le monde entier devait se rendre à l’évidence. «Comment ce bordel a-t-il pu arriver?» se lamente Michael Moore.

Fahrenheit 11/9 – USA, 2018, vost, 127 min, 12/10 ans – Documentaire écrit, produit et réalisé par Michael Moore