Les sculptures hybrides de Nikola Zaric

A l’Espace Arlaud jusqu’au 11 novembre

Pierre Jeanneret  |  De mère suisse et de père serbe, Nikola Zaric est né en 1961. Atteint d’un cancer, il nous a malheureusement quittés en 2017, à l’âge de 56 ans. Il laisse derrière lui une oeuvre profondément originale. Sur le plan technique, ses «sculptures» ont passé par des étapes successives: la terre glaise, le moule de plâtre dans lequel il coulait le béton. Mais c’est sa thématique qui nous plonge dans un monde étrange et onirique. Il n’a cessé de représenter des êtres hybrides, mi-humains mi-animaux. Précurseur de l’antispécisme, il faisait sien le propos de Montaigne: «Il se trouve plus de différence de tel à tel homme que de tel animal à tel homme.» On verra donc, dans les larges volumes de l’Espace Arlaud, des statuettes d’animaux (les ânes étant privilégiés) placés dans des situations très humaines: au travail, en train de danser, avec les mains dans la position de l’argumentation, etc. Il s’agit parfois aussi de très grands formats: ainsi ces deux hommes-animaux portant une échelle. L’artiste exprime une réelle tendresse envers les animaux qu’il représente. N’était-il pas proche de La Fontaine qui disait «Je me sers d’animaux pour instruire les hommes»? Une vidéo – sur fond de musique serbe, un univers que Zaric ne reniait pas – permet de voir l’artiste dans son atelier, en plein labeur. Il s’y confronte à la matière: le fer, la glaise, le plâtre, le ciment. Il y avait chez lui quelque chose d’artisanal, dans le sens le plus noble du terme. Le même petit film montre la dépose par hélicoptère de l’une de ses créations devant la cabane du Trient en Valais, face au majestueux glacier. Il s’opère une osmose entre l’oeuvre et les rochers environnants. Zaric était proche de la nature, particulièrement de la montagne. Avec humour, il insistait sur le fait que ses sculptures pouvaient fort bien prendre place dans un jardin, qu’elles ne demandaient aucun soin particulier et résistaient aux éléments… Voilà donc une œuvre certes figurative, mais qui touche aux fantastique, au merveilleux, et qui exprime une philosophie profonde sur l’unité du vivant. Notons enfin que cette exposition peut fort bien être visitée par des adultes et des enfants, bien sûr à des niveaux de compréhension différents.

«Zaric», Lausanne, Espace Arlaud, jusqu’au 11 novembre

Quelques autres oeuvres de Zaric sont visibles à la Galerie de l’Univers, rue Centrale 5 à Lausanne, qui organise l’exposition.