Les petits secrets du Palais Fathi Derder – Editions Slatkine

Monique Misiego. |. Le Palais fédéral est une jungle peuplée de quatre espèces: les élus, les fonctionnaires, les journalistes et les lobbyistes. Cette faune se fréquente intensément, se parle beaucoup et s’écoute peu. Ou pas. On se tutoie, on boit des verres, on s’embrasse. Voire plus si entente. Les lobbyistes conseillent des élus qui préparent des lois dont parlent les journalistes dans des articles que… ne lisent pas les fonctionnaires. Car les fonctionnaires n’aiment ni les journalistes ni les lobbyistes, et encore moins les parlementaires. Mais ils ne peuvent pas le dire. Car ils ne font rien sans les élus, qui ne font rien sans les journalistes, ni même les lobbyistes. Qui eux, se nourrissent de la jungle. Et ainsi de suite. Ce petit monde finit par s’entendre, et produit, comme par miracle, un des Parlements les plus efficaces au monde. Pour l’instant…Ceci, c’est le descriptif d’une quatrième page de couverture. Difficile de parler du livre d’un journaliste. Peut-être un certain complexe de ne pas écrire aussi bien que lui. Ou de ne pas parler de son livre comme il aimerait. J’ai du respect pour les parlementaires, pour lui comme les autres même si nous ne partageons pas toujours les mêmes idées politiques. Ce qui m’a attirée dans le titre de ce livre, c’est les mots «petits secrets», je dois bien l’avouer. Parce que ce Palais fédéral nous intrigue, et ce qui s’y passe d’autant plus. Et je n’ai pas été déçue. En sa qualité de journaliste, il a su utiliser un langage compréhensible à tout le monde. Ce n’est pas un recueil historique, ce n’est pas une encyclopédie des parlementaires, ni un mode d’emploi du fonctionnement de ce parlement. C’est un récit lucide, consternant parfois, mais surtout drôle. Il s’est inspiré pour l’écrire des chroniques qu’il a publiées dans le Matin et Le Temps de 2012 à 2017. Comme je ne les ai jamais lues, je partais vierge de tout apriori. Ces chroniques, il les a publiées pendant son mandat de conseiller national, donc au cœur de l’action si je puis dire. Ce que je peux aussi souligner, c’est que ses choix politiques n’apparaissent pas de façon exagérée dans ses textes. Il ne fustige pas la Gauche, s’en prend quelquefois à l’UDC, mais pour souligner quelques abus de pouvoir. Tout au plus il donne son opinion sur certains sujets mais je dois dire que ce livre est assez impersonnel, ce qui est une bonne chose. Cela lui permet de décrire les situations telles qu’il les a vécues, une photographie d’un évènement ponctuel pour certains cas, mais aussi une analyse assez objective du fonctionnement de notre parlement. On y découvre les tentatives des lobbyistes d’influencer les parlementaires, mais aussi les contacts entre nos conseillers nationaux, la fameuse salle des pas perdus et son ambiance de hall de gare, la course des parlementaires pour rejoindre leur place quand il s’agit de voter, mais aussi certains points que je qualifierai de plus décevants, à savoir l’absentéisme des parlementaires, ou leur présence inutile lorsqu’ils sont penchés sur leur laptop ou pire, en conversation téléphonique dans la salle du parlement, faisant fi du moindre souci de politesse vis-à-vis de cette institution et de son président. Un chapitre est aussi consacré à la France et ses parlementaires que Fathi Derder a fréquentés lors de sommets de la francophonie. Ses conclusions sur l’état actuel de la France et la différence entre ce pays et le nôtre sont d’une justesse édifiante. Ce livre, intéressant à plus d’un titre, s’adresse aux initiés comme au simple quidam qui voudrait en apprendre plus sur le fonctionnement des dirigeants de notre pays. La façon d’écrire de Fathi Derder en fait une lecture agréable et divertissante. Comme si vous lisiez ses chroniques dans votre quotidien. J’ai beaucoup aimé cet ouvrage à la portée de tout le monde, initié ou pas, de gauche comme de droite. J’ai beaucoup aimé son analyse de notre système démocratique, de son fonctionnement avec ses petits défauts mais aussi ses qualités. C’est ce qui ressort finalement, c’est que l’auteur, malgré sa lucidité, aime son pays et cite son système démocratique comme un des meilleurs du monde. Fathi Derder, né en 1970, est journaliste de métier. C’est à la suite d’une discussion animée avec un élu qui lui lance que les journalistes ne savent que critiquer mais ne font rien qu’il décide de se lancer dans la politique, pour agir de l’intérieur. Après deux mandats au Conseil national, il a décidé de ne pas se représenter aux élections nationales de cet automne. Selon lui, le monde politique doit se renouveler pour faire avancer les choses. Une philosophie que bien d’autres devraient adopter.