«Capharnaüm» – Les Misérables de notre début de siècle

«Capharnaüm», drame de Nadine Labaki

Colette Ramsauer  | A Beyrouth, de nombreuses familles de réfugiés syriens vivent sans papiers. En marge de la société, ils sont en manque de tout. Beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés et vivent de petits boulots dans la rue. La réalisatrice libanaise Nadine Labaki a choisi l’un d’eux, Zain 11 ans pour son film «Capharnaüm». Il s’avère être un acteur-né.

Parents dépassés

Après le succès de Caramel en 2007, la réalisatrice d’origine libanaise quitte les quartiers chics de Beyrouth pour six mois de tournage dans les bas-fonds de sa ville où vivent des réfugiés syriens. Elle suit Zain, ce qu’il a partiellement vécu: il incarne un enfant des rues à la croissance altérée, qui ramène un maigre revenu à des parents totalement irresponsables. Selim le père est sans emploi, alcoolique, Souad la mère, trop souvent enceinte, au bord de la folie. Lorsque Sahar, sa sœur aînée, sa confidente est mariée trop jeune et de force au propriétaire de leur misérable logis, désespéré, il fugue. On croit vivre un roman de Victor Hugo. Commence sur son chemin une aventure peu commune avec Yonas, le bambin d’une clandestine africaine, dont il a la garde… jusqu’à n’en plus pouvoir; le décès de sa sœur Sahar fera déborder le vase.

Dénouement inattendu

Il viendra à commettre le pire, ce qui le mènera en prison, où il vit un dénouement inattendu. Grâce à un appel d’une émission ligne ouverte à la télévision libanaise, il peut se confier enfin et obtiendra  un avocat pour sa défense. Zain mène ses parents en justice pour l’avoir mis au monde, pour ne  lui avoir donné ni éducation ni amour. C’est aussi le procès d’un machisme latent, d’une société ignorant l’existence de familles fragilisées et livrées à elles-mêmes que la réalisatrice dénonce. Pour le film, elle endosse le rôle de l’avocate.

Succès du film

A Cannes en 2018, le film a reçu les prix du jury, œcuménique et de la citoyenneté. Foulant le tapis rouge, entouré de l’équipe du film, Zain ne souriait pas aux caméras. Ses pensées semblaient ailleurs. La suite de son histoire tient d’un conte de fées: le succès du film aidant, lui et sa famille réelle ont obtenu l’asile politique en Norvège, destination dont ils rêvaient depuis leur fuite d’Alep. Aujourd’hui, Zain est enfin scolarisé. Il vit avec sa famille dans une maison en bord de mer. On respire, sachant qu’il se promène dans les bois proches où il peut apercevoir des chevreuils.

«Capharnaüm»  de Nadine Labaki, LI, FR, 2018, 120’, vo-st, 12/16 ans avec Zain Alrafeea, Yordanos Shifera, Cedra Izam et Nadine Labaki – Au cinéma de Chexbres les 12 et 13 mars à 20h30