Les milliardaires et les pauvres

Gérard Bourquenoud  |  A chaque fois que des retraités se rencontrent dans un bistrot pour tenter de refaire le monde, la conversation s’engage très souvent sur ceux qui entassent des millions ou même des milliards qu’ils n’emporteront pas dans la tombe, mais tomberont probablement dans la caisse de l’Etat. Si à l’exemple du tennisman Roger Federer qui, chaque année,  fait un don plus que remarquable à des enfants d’Afrique (pays d’origine de sa maman) pour leur permettre de pratiquer leur sport favori, ces millionnaires et milliardaires que nous connaissons en Suisse pourraient, eux aussi, faire un geste en faveur d’institutions sociales qui se préoccupent de l’éducation et de l’avenir d’enfants orphelins ou abandonnés, sans oublier tous ceux qui, chaque jour, meurent de faim dans le monde. Un brin de générosité à la veille de Noël serait ainsi à l’image d’autres citoyens qui, avec un petit salaire et aucune fortune, n’hésitent pas à donner un billet de vingt ou de cinquante à une œuvre de bienfaisance qui vient en aide à des  familles ou personnes seules dans la précarité.

Avec une fortune qui dépasse la centaine de millions ou même le milliard, les riches ont l’opportunité de vivre largement et uniquement avec les intérêts qui tombent comme des pièces d’or sur leur compte en banque. Auront-ils la possibilité d’utiliser  tout cet argent à bon escient? Nous ne le pensons pas, car entre le ciel et l’enfer il y a le purgatoire, donc ne serait-il pas préférable de verser un petit pécule à ceux et celles qui, même en Suisse, vivent en dessous du seuil de pauvreté? Selon une estimation approximative, dans notre pays qui est semble-t-il le plus riche du monde, ils sont plus d’un million à être dans cette situation précaire, alors que l’on en dénombre une dizaine de milliers dans les cantons de Vaud et Genève et plus de 7000 dans le canton de Fribourg.

Le Fonds international de développement agricole (FIDA), qui a mené une enquête inédite et des recherches intensives pendant deux ans dans 114 pays en voie de développement, estime que la pauvreté rurale est en nette augmentation presque partout sur notre planète qui compte à l’heure actuelle plus d’un milliard d’êtres humains dans la précarité. La Bolivie est le pays le plus mal loti avec 97% de sa population rurale vivant en dessous du seuil de pauvreté, le Malawi avec 90%, la Zambie 80%, le Pérou 75%, le Brésil 73%, les Philippines 64%. Parmi les plus défavorisés, 670 millions vivent en Asie, 230 millions en Afrique, 90 millions en Amérique latine, 43 millions aux Etats-Unis et 30 millions au Proche-Orient et Afrique du Nord, etc. Par contre, certains pays comme l’Inde, l’Indonésie, la Corée du Nord, la Malaisie, ont réussi à réduire considérablement le pourcentage de pauvres en milieu rural.