«Les Dames» – Les mamies s’émancipent

« Les Dames (Ladies) », Documentaire de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond

Colette Ramsauer  |  Leurs noms: Odile, Marion, Carmen, Pierrette, Noëlle. Divorcées, veuves ou célibataires, elles ont derrière elles une vie bien remplie. Cinq femmes retraitées ayant le même objectif : vivre au mieux les années qui leur restent. Il faut du courage. Et une bonne dose d’humour. 

Figées dans un cocon

En bonne forme physique – c’est important pour avoir des projets en tête –  elles ont changé de cap, envisagent de vivre autre chose. Dans maintes situations, elles ont d’abord à faire un travail d’émancipation, les années de mariage les ayant figées dans un cocon. Elles s’inscrivent à des activités ludiques ou bénévoles. Ce que les hommes font nettement moins. Ces Messieurs ne les regardent plus comme avant, mais ces Dames sont loin d’en faire un plat! Après une sortie en première à Visions du Réel 2018 où il a conquis le public, le film a été présenté au Festival de Locarno. Après la séance, des hommes pourtant ont dit ne pas se reconnaître.

Cinq profils 

Chacune sait que retrouver l’âme sœur n’est pas simple malgré les facilités de rencontres offertes aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Plutôt que d’être mal accompagnées, elles préfèrent continuer seule leur chemin de vie. Le jour-même où décède son mari, Marion  s’inscrit dans une troupe de théâtre d’amateurs, un vœu inassouvi. Elle vit au jour le jour sans trop se prendre au sérieux bien que sa vie soit organisée. Elle a compris combien l’humour est vital pour aller de l’avant. Odile se ressource dans la nature. Elle parle d’une enfance difficile. C’est une passionnée de photographie et plus récemment de chasse. Ici son environnement est exclusivement masculin. Elle prend ses marques. Ce n’est pas évident. Carmen, laissée par son mari, se retrouve seule après des années de vie de famille épanouie. Elle lutte courageusement contre ses angoisses, monte au glacier 3000 pour tester et vaincre sa peur du vide. Pierrette, femme de pasteur dévouée, s’est retrouvée veuve. Le grand vide. La musique et sa famille l’aident à se retrouver. Noëlle, ancienne journaliste, répond prudente à une petite annonce parue dans le journal… Ce sont les randonnées entre amies qui la sauvent de la solitude. 

Avaient-elles le choix? 

Ce qui a incité les réalisatrices à tourner le documentaire, c’est leur crainte de ce qui les attend à l’âge de la retraite. «Le regard des hommes qui change» ont-elles déclaré aux médias. Pas de quoi s’inquiéter: la lutte contre l’agisme aura fait son chemin. Les machistes seront moins nombreux. Egalité des salaires acquise (?), elles ne devraient plus avoir à travailler à leur émancipation. Odile, Marion et les autres n’ont pas eu le droit systématique aux études, et de là, n’ont pas pu choisir pleinement leur profession. Etre mère au foyer était la première et souvent unique issue. Elles sont d’une génération qui fut néanmoins sur le tremplin de l’émancipation. Elles ont très souvent exercé un métier et eu le choix d’avoir des enfants. Elles ont vécu mai 68 ou du moins ses retombées.

Milieu bourgeois

Elevées dans le conformisme et la vie de famille, on retrouve les cinq femmes dans un milieu qui reste très bourgeois. A l’instar de l’affiche du film qui ne traduit pas la réalité, le choix des protagonistes n’est pas représentatif de la population. Où sont les dames du monde paysan, ouvrier, gay? Celles-ci n’ont probablement pas répondu à «l’appel aux Dames» dans les médias qu’avaient lancé Stéphanie Chuat et Véronique Reymond et qui ont obtenu une centaine de réponses.

Beaucoup de tact

Le tournage a été effectué par la même équipe du début à la fin, ce qui a mis les protagonistes en confiance. Avec beaucoup de tact, les réalisatrices les ont suivies dans des situations évolutives. Même si le sujet traitant de destins individuels reste sérieux, l’occasion de rire ne manque pas tout au long du film. Beaucoup, hommes et femmes, s’y retrouveront. Un bon moment de cinéma!

Les Dames (Ladies) Documentaire de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond Suisse, 2018, 81’, vo, 6/14 ans

Au cinéma d’Oron le vendredi 12 octobre à 20h en présence de l’une des protagonistes.

Au bas du conifère

CR  |  Au cours du 20e siècle, la pyramide des âges s’est transformée: de la forme pyramidale (en 1900), elle est passée à une forme de «cloche» (en 1950) puis aujourd’hui, à une forme de «sapin». La Suisse a actuellement une pyramide des âges dans laquelle la génération «baby-boom» domine. La jeune génération peu représentée fait face à un nombre toujours plus grand de personnes âgées. Si, à la naissance, les hommes sont plus nombreux que les femmes, aux âges avancés, les femmes vieillissent plus longtemps que les hommes. C’est donc à la base du conifère qu’on retrouve Les Dames, une majorité de femmes souvent veuves. Par ailleurs, dans cette tranche d’âge, les individus n’hésitent plus comme par le passé à divorcer. Ce qui a certainement grossi le nombre de 17’028 de divorces recensés en Suisse en 2016 (Office fédéral de la statistique)