Les impressions du petit Nicolas

La kermesse

Propos recueillis par Rosane Schlup  |  Aujourd’hui à l’école, on a dû s’exercer pour mémoriser un poème terrible. En gros, c’est l’histoire d’un kangourou en kimono kaki qui fait le sac avec un cacatoès en kilt écossais sur le toit d’une kermesse et à la fin tout s’écroule à cause des kilos en trop du kangourou et du cacatoès, tout ça dans un gros fracas. C’était pas trop facile de pas s’embrouiller avec tous ces mots et aussi à cause des habits… C’est normal qu’on s’embrouille a dit la maîtresse, c’est fait exprès. Ça s’appelle des virelangues. Ça vous fait travailler votre prononciation, elle a dit. Ça nous faisait surtout bien rigoler à chaque fois qu’on se trompait. Et on va encore bien rigoler parce qu’elle en a acheté trois des livres de comme ça. On se réjouit déjà. Après, pour nous aider, la maîtresse nous a tout bien expliqué les mots. Elle a demandé si on savait ce que c’était qu’une kermesse. Moi je savais parce que j’ai été une fois à la kermesse de la paroisse avec mon papy et ma mamy et qu’à la pêche miraculeuse avec la canne, j’ai pêché un paquet de grenouilles au coca, mais à part ça je m’étais monstre ennuyé et le morceau de cake était tout sec et j’avais pas trop aimé. Du coup, j’avais pas trop envie d’expliquer aux copains. Par chance, Jil ma copine, qui est anglaise, elle a dit que oui, qu’elle,  la kermesse, elle savait. Elle a dit qu’une kermesse, c’est comme un képi. La maîtresse a fait des grands yeux ronds comme elle fait quand elle a pas compris. Jil a soupiré comme elle fait quand elle doit lui répéter. «Une kermesse, c’est comme un gros tank avec des piquets dedans, c’est comme un képi mais beaucoup plus gros…» La maîtresse a dit que c’était bien expliqué, mais que le bon mot c’était un tipi, et que oui, c’était comme une grosse tente mais plutôt en fer et avec des piquets mais plutôt autour. Jil était toute fière. Moi aussi j’étais tout fier, mais plutôt d’avoir tenu ma langue. Mon histoire de kermesse, ça aurait été trop la honte. Après, on a dû faire un dessin pour illustrer cette sacrée histoire. Mon copain Marco, il a fait une énorme kermesse avec deux Ferrari dessous. Mon copain Marco, il aime bien les voitures et il a déjà vu ça quelque part à la fête d’un garage. Quand il a eu fini, la maîtresse était pas trop contente, elle a dit que ça n’avait aucun rapport avec l’histoire son dessin, mais Marco voulait rien changer. De toute façon, y avait plus le temps, alors ils ont trouvé un deal. Marco, il a ajouté le kangourou et le cacatoès, mais en tout petit et comme conducteurs. Moi, j’ai bien aimé faire le kangourou, grâce à l’explication de Jil. Je me suis bien appliqué et ça m’a pris un temps fou pour faire toutes les taches de camouflage militaire du kimono, alors j’ai zappé la kermesse et le cacatoès. Coralie, elle, elle a encore pleuré. Elle a confondu un cacatoès avec un koala, mais comme il était trop joli son koala et qu’on avait vraiment plus le temps du tout, la maîtresse a dit que bon ça irait très bien aussi et que tous nos dessins étaient super. Le seul qui s’en est bien sorti, c’est mon copain Nathan. Il était pas là. Il va chez la logopédiste comme chaque semaine. Il confond un peu le son «K» et le son «G». Il a eu de la chance sur ce coup-là. Je me demande quand même comment il va s’en sortir demain… Nicolas (7ans et demi)