Les hôtes indésirables des forêts

Gil. Colliard |  Chardons et rumex ou lampés sont depuis longtemps combattus dans les campagnes où, sans surveillance, ils ont tôt fait d’infester les sols. Or depuis une dizaine d’années, on assiste à l’apparition, dans notre région, de nouvelles plantes invasives. Si certaines ont un effet néfaste sur le terrain, d’autres sont dangereuses pour l’homme. Afin de limiter les dégâts occasionnés par ces végétaux indésirables, différentes directives et recommandations ont été émises par les Cantons visant à contenir, voire éradiquer ces plantes. Les différents acteurs travaillant dans les forêts et sur les voies de communication se sont attelés à cette tâche.

C’est devant un bouquet impressionnant de berces du Caucase, étalant leurs ombrelles à plus de 3 mètres du sol, que m’amène Eric Sonnay, garde forestier du Groupement forestier Broye-Jorat, accompagné de Christian Aeschlimann, entrepreneur forestier, mandaté pour la suppression de ces plantes. Nous ne sommes pas dans un pays de l’Est, mais bien à Palézieux-Gare, dans la forêt, à quelques centaines de mètres du pont de chemin de fer. Cette plante qui apprécie les milieux frais et se rencontre souvent le long des chemins provoque des brûlures très douloureuses. Si le premier contact de la plante avec la peau est indolore et incolore, il peut, même après plusieurs heures, occasionner une brûlure allant jusqu’au 2e degré après exposition au soleil. Supplantant la végétation naturelle, elle déstabilise les berges et accroît les risques d’érosion. Les inflorescences d’un seul individu peuvent produire jusqu’à 10’000 graines. Il est dès lors essentiel d’intervenir le plus tôt possible, en fauchant les plants dont les parties florales seront incinérées, et en coupant la racine à 20 cm de profondeur puis en la retirant. Ce travail s’effectue avec un équipement de protection complet. La berce du Caucase fait partie, avec l’ambroisie, au pollen à fort potentiel allergisant, et le sumac, toxique et allergène, des plantes invasives dangereuses pour l’homme. Nous allons encore à la découverte d’un second foyer de ces géantes, toujours en forêt, à Ecoteaux. Sur notre chemin, nous rencontrons une autre plante exotique invasive: l’impatiente glanduleuse, originaire de l’Himalaya, qui, formant des populations denses, élimine la végétation indigène. Mais, selon les observations d’Eric Sonnay, cette dernière tend à diminuer lorsque la croissance des arbres absorbe la lumière. La renouée du Japon, que l’on aperçoit sous le pont reliant Palézieux-Gare à Ecoteaux, qui supplante également la végétation naturelle et déstabilise les berges, est plus difficile à combattre.

D’où proviennent ces plantes qui sont
apparues depuis une dizaine d’années

Les plantes découvertes en forêts proviennent pour une partie des déchets de jardins entreposés par des particuliers qui n’ont pas conscience de l’impact négatif de ce geste sur la biodiversité. Un fragment de racine ou de branche de ces végétaux exotiques ornementaux vendus sans interdit dans les jardineries, ce que déplore le garde forestier, peut donner naissance à un problème récurrent. «Les déchets de taille ou de jardin sont interdits en forêt» martèle Eric Sonnay. Autres sources de propagation: les mélanges de graines pour oiseaux achetés dans le commerce et les moyens de transport: wagons, camions, etc.

Même combat pour les CFF et pour les cantonniers

Gilles Neuhaus, responsable des installations CFF, a dénombré, tout au long des 300 km de voies qu’il contrôle, trois foyers de berce du Caucase, dont deux à Palézieux. Deux fois l’an, des fauchages de renouée du Japon sont effectués pour tenter de contenir cette invasive qui bouche les signaux. Des tentatives d’éradication sont faites dès la découverte de nouveaux départs. Cette lutte se fait également contre le chardon, le robinier, le buddléa (arbre à papillons) entre autres plantes invasives. Il en va de même pour Cédric Ischer, chef cantonnier de l’équipe de Forel (Lavaux), pour qui la renouée du Japon est la «bête noire». Les endroits où elle se situe sont répertoriés, particulièrement à Palézieux, Châtillens et sur Lavaux. Une fois l’an, l’arrachage se fait manuellement avant d’être incinéré. Il faut sortir les racines et veiller à nettoyer les outils, car le moindre fragment se replante. Cependant ce travail porte ses fruits puisqu’au début de ces interventions, les souches enlevées remplissaient une benne de camion et qu’aujourd’hui on compte 200 à 300 kg sur la région Oron-Lavaux. Jusque vers 2008, rumex et chardons étaient les principales plantes invasives combattues en collaboration avec les agriculteurs. L’apparition de ces nouveaux végétaux aux abords des routes date d’une petite dizaine d’années. Une cartographie des endroits touchés est en cours et des directives précises ont été établies par le Canton.

Les responsables des voies de communication travaillent en collaboration avec les gardes forestiers en signalant les nouveaux endroits concernés par ces colonisations indésirables, ainsi le combat organisé de part et d’autre permettra de supprimer ou au moins de contenir ces colonisations vertes, tout comme l’achat de plantes ornementales ne figurant pas sur la liste des plantes invasives et l’arrêt des dépôts sauvages de déchets de jardin et de taille en forêt. Cet envahissement a un impact sur la biodiversité indigène et la lutte a un coût financier non négligeable.

Info supplémentaire sur le lien: http://www.vd.ch/index.php?id=16164

En cas de découverte d’un foyer de plantes invasives dans la région d’Oron, avertir Eric Sonnay: eric.sonnay@vd.ch