Les Ecorcheresses

Milka  |  Tout le monde connaît Duja pour ses interventions décalées dans «26 minutes», ses émissions de radio déjantées sur Couleur 3 et ses délires avec Philippe Ligron. Je ne le connaissais que sous ces différentes casquettes et je dois bien dire que je n’appréciais pas toujours tout ce qu’il faisait.

Donc quand j’apprends que Duja a écrit un livre, ma curiosité se met en marche. Surtout que sur la quatrième de couverture, il écrit lui-même: «Il était extatiquement évident que j’allais devenir écrivain.»

Le titre déjà m’interpelle: «Les Ecorcheresses», sur un très beau dessin au crayon gris d’une forêt que j’imagine dans le Jura. Le décor est posé, je me dis que forcément, ça va être un beau roman. C’est donc avec intérêt que je commence ce bouquin. Un premier chapitre où il explique qu’il aurait pu écrire un roman sur tel ou tel sujet, puis un deuxième, un troisième, et ainsi de suite. Sans a priori et n’ayant lu aucune critique sur ce livre, je croyais naïvement que l’histoire allait bientôt commencer. Jusqu’à ce que je me rende compte que M. Duja était en train de me balader.

Quoique l’écriture soit plaisante, je m’attendais à une trame. Eh bien il n’en est rien. J’aurais tendance à dire que si vous n’aimez pas Duja, passez votre chemin. Mais une fois dépassée cette prise d’identité très forte, les lignes sont intéressantes. J’aurais même tendance à vous dire d’aller découvrir son écriture. Certes, c’est du Duja dans toute sa splendeur. Mais au-delà de la déconnade, c’est qu’il est drôlement fort, le bougre. Car il maîtrise la langue française avec une vivacité d’esprit telle qu’on entend presque sa voix quand on le lit. Phénomène très bizarre je dois dire.

Si vous pensez connaître l’animal, détrompez-vous, il en a encore sous le pied et il peut encore vous surprendre. Par ci par là quelques poèmes très bien écrits, des chapitres plus ou moins glauques, dont il supplie sa mère de ne pas les lire, et d’autres plus amicaux dirons-nous, moins rock’and roll, toujours pleins de subtilité. On en vient plusieurs fois à relire une phrase en se disant que l’imprimeur a oublié un mot.

Cet homme est déroutant, surprenant, et son bouquin ne fait que confirmer sa douce folie. Donc ceux qui adorent déjà Duja, foncez l’acheter, vous ne serez en tous les cas pas déçus et ceux qui n’aiment pas Duja, laissez-lui une chance de vous démontrer qu’il ne fait pas seulement dans la déconne. Qu’il est capable de vous toucher profondément après vous avoir bien fait rire.