Les anges gardiens de nos petites têtes blondes

Gil. Colliard  |  Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou que le soleil soit de plomb, ils et elles sont là, fidèles au rendez-vous. Le gilet jaune bien visible, la palette à la main et l’œil ouvert, pour permettre à nos enfants de traverser, en toute sécurité, les routes aux endroits stratégiques. Efficaces, les patrouilleurs scolaires sont fort appréciés de la gendarmerie, des communes, des parents et enfants, récoltant aussi des comportements peu civilisés de la part de certains usagers de la route. Désireux d’en savoir un peu plus sur ce système et ces personnes qui font partie de notre paysage, tout au long de la période scolaire, une petite enquête a été menée à Mézières, Puidoux et Oron. 

Mise en place et formation

Les patrouilleurs sont recrutés par les communes ou les associations de communes, après que la Brigade de prévention routière ait validé la mise en place de ce dispositif. Ils reçoivent, de la part de cette même brigade, une formation sur le lieu de leur futur travail. Chaque patrouilleur sera ainsi habilité à fonctionner sur un lieu précis. Il aura été informé sur ses droits et obligations ainsi que sur la procédure en cas de non-respect des usagers de la route et aura appris la gestuelle ad hoc.  Contacté à ce sujet, l’adjudant Daven rapporte la satisfaction générale face à cette organisation plébiscitée par les communes: «nous avons peu de problème et pas de pépin sur les passages piétons, ce système est efficace et fonctionne très bien. La gendarmerie ou la police communale effectue des passages réguliers sur les lieux gérés par les patrouilleurs».

A Mézières, les patrouilleurs sont à pied d’œuvre à la sortie des classes

Chapeautés par l’ASIJ (Association scolaire intercommunale du Jorat), un patrouilleur et trois patrouilleuses se partagent la surveillance du passage piétons de la grande salle et de la route de la Croix d’Or, dans la localité de Mézières, cela uniquement lors de la sortie des classes, pour les grands et les petits, à midi, à 15h et 16h. «Constatant l’augmentation du flux et à la suite de demandes et de plaintes émanant de la population, ce système a été rapidement mis en place avec l’aide de la gendarmerie pour la rentrée 2013. Bien qu’il ne fut pas facile de recruter le personnel, nous avons maintenant une équipe qui fonctionne à satisfaction et qui s’organise à l’interne» se réjouit Etienne Cherpillod, président de l’ASIJ. Ici, il n’a pas été nécessaire de mettre en place la surveillance lors de l’arrivée des enfants qui se fait de manière compacte principalement par l’intermédiaire des transports publics.

Pas de «pédibus» à Puidoux mais des patrouilleurs au collège de Publoz et sur la route de la gare 

Situé sur l’axe routier menant à l’autoroute, dénombrant en moyenne 14’000 véhicules/jour, le passage piétons menant au collège de Publoz est géré, aux heures des sorties et rentrées scolaires, par son patrouilleur, tout comme celui se trouvant dans la montée menant à la gare. En 2013, pour donner suite à une pétition déposée par l’intermédiaire du Conseil communal, la Municipalité de Puidoux a planché pour trouver une solution afin de sécuriser la traversée de ces deux tronçons. «Nous avons tenté de mettre en place un «pédibus» mais devant le manque d’intérêt des parents, l’idée a été abandonnée au bénéfice des patrouilleurs scolaires. Notre brigade est aujourd’hui composée d’un homme et de deux dames, autogérée et fonctionnant très bien,» relate Jean-Paul Favre, municipal des routes. «Les enfants sont sous la responsabilité des parents jusque dans la cour de l’école. Il ne faut pas oublier le travail de l’APOL (Association Police de Lavaux) qui, dans le cadre de la sécurité routière, enseigne aux enfants le bon comportement lors des traversées de routes et qui est sollicitée pour intervenir en cas de problème», complète l’élu qui étudie avec ses collègues l’idée de créer un rond point pour ralentir et régler le trafic au carrefour menant à la gare.

Des feux et des patrouilleurs au collège d’Oron-la-Ville et un passage gardé à Châtillens

Depuis fort longtemps, les élèves se rendent au collège d’Oron-la-Ville sous la vigilance des patrouilleurs et cela en complément des feux installés au passage à piétons. La traversée vers la gare de Châtillens, vu sa dangerosité entre route et barrières du train, est également au bénéfice de ses anges gardiens. A Oron, les patrouilleurs fonctionnent en binômes, composés d’un homme et une dame pour Châtillens et de deux dames à Oron-la-Ville. Ils viennent, 4x par jour, surveiller le passage des élèves jusqu’à 11 ans. «Les membres de nos deux équipes sont là depuis longtemps. Il  n’est pas facile de recruter pour cette activité qui occupe que peu de temps et exige disponibilité et responsabilité. Bien que le salaire horaire soit intéressant, il nous a fallu six mois pour trouver la dernière personne engagée pour Châtillens. Aussi, afin de parer à un imprévu, le garde-parcs a suivi la formation», explique Olivier Burnat, responsable administratif d’Oron, qui rappelle que les patrouilleurs armés de leurs palettes et de leurs gilets fluorescents, sont les seules personnes habilitées à arrêter les véhicules. La commune qui, comme ailleurs, assume la rémunération des patrouilleurs a aussi complété leur équipement de base, procuré par la gendarmerie, en fournissant un long manteau pour faire face aux intempéries. Pour renforcer la vigilance auprès des plus jeunes, elle a également engagé 6 surveillants de bus basés à Palézieux-Village, Châtillens et Chesalles.

Rencontre avec Mmes Vaucher et Primini, à Oron-la-Ville

Après avoir récolté les informations auprès des responsables, qui sont unanimes quant à l’efficacité de ce dispositif, nous sommes allés à la rencontre des deux sympathiques patrouilleuses, de longue date, d’Oron-la-Ville. Autour d’un café, après la surveillance matinale exercée ce jour là sous un beau soleil printanier, Danièle Vaucher et Martine Primini ont eu la gentillesse de raconter leur quotidien. Leur travail se fait en synchronisation avec les feux que complète l’élément humain. Malgré leur présence, il ne se passe pas une journée sans qu’un usager de la route transgresse la signalisation. Les cyclistes sont particulièrement indisciplinés. «Un conducteur pressé m’a contournée pour passer, parfois des insultes fusent, des voitures s’arrêtent d’un côté de la chaussée mais pas celles venant en sens inverse provoquant quelques sueurs froides» racontent-elles. Bien qu’elles n’aient jamais, fort heureusement, déploré d’accident, elles doivent parfois signaler certains comportements. «Dès que la gendarmerie est là, tout le monde devient respectueux, il n’y a plus aucun problème, il en va de même avec le radar!» constatent-elles. Mais malgré cela, les couches qu’ils faut superposer l’hiver et les insectes attirés par le jaune de leurs gilets, elles aiment leur tâche. «Une petite que j’ai arrêtée in extremis avant qu’elle traverse la route, est venue le lendemain m’apporter du chocolat et me remercier de lui avoir sauvé la vie» se souvient Danièle Vaucher qui a débuté ses premières patrouilles en 1990 et qui voit venir à l’école ses premiers petits élèves accompagnant leurs enfants. Devant faire preuve d’autorité, elles sont aussi rassurantes. «La plupart des enfants sont adorables, les adultes sont souvent moins disciplinés.» rapportent-elles.  De jolis contacts se nouent et les parents apprécient leur présence sécurisante.

Finalement, aujourd’hui, alors que la technologie tente à supplanter l’élément humain et que les contacts se font par le biais des réseaux sociaux, il est rassurant de constater que les patrouilleurs, anges gardiens de nos enfants, sont fait de chair et d’os avec un cœur plein de tendresse, et que ce système reste le plus efficace pour éviter des drames. Merci à vous!

Savigny

L’Association scolaire intercommunale du Jorat (ASIJ) recherche des patrouilleurs

pour sécuriser le passage piéton en face du bâtiment communal de Savigny,

aux heures de début et fin d’école
(aux environs de 8h15, 12h, 14h et 15h30), avec tournus

profil souhaité: avoir 18 ans révolus,
jouir d’une bonne réputation,
apte à travailler par tous les temps, ponctuel, contact facile avec les enfants

une rémunération est prévue et une formation est dispensée au préalable

Les demandes de renseignements et dossiers de candidature auprès de : ASIJ, cp 85, 1083 Mézières , M. Deprez 021 557 35 08 cd.asij@gmail.com

 

Romane Schlup  |  Une journée avec les patrouilleurs scolaires

Madeleine, elle aime bien ça ???

Qu’est-ce qui a amené Madeleine à être patrouilleuse scolaire sur la route de Mollie-Margot à Savigny?

A 68 ans, elle ne fait pas partie de ceux qui se coulent une douce retraite, à l’abri des soucis financiers. Elle a travaillé toute sa vie pourtant, dans des domaines variés. Elle a cheminé et tracé sa route en faisant des choix qui l’ont rendue riche de rencontres et curieuse des autres, passionnée de voyages et de méditation.

De son parcours, elle raconte une jeunesse libre et indépendante. Temps des vendanges dans le Sud de la France, transhumance avec des moutons en Provence jusqu’au col d’Alos, vie de bergère dans le Larzac où s’opposer à l’armée était un acte militant, où les cheveux longs étaient matière et manière de dire non. Elle aura transhumé de la Belgique à la Suisse, en passant par la France. Elle s’est tournée ensuite vers l’enseignement, mais là aussi, dans un parcours non conventionnel. Son séminaire de pédagogie curative en poche, elle a travaillé dans de l’enseignement spécialisé, à la Fondation Verdeil, à l’école Steiner, dans le canton de Fribourg, dans le canton de Vaud. Rien de linéaire chez Madeleine et la liste n’est pas exhaustive. Lorsque le couperet tombe, on fait les comptes et cette richesse humaine compte pour roupie de sansonnet, une expérience qui ne sert plus. Circulez y à rien à voir…

Alors, c’est une aubaine pour elle d’avoir trouvé ce travail de patrouilleuse scolaire. Certes, cela demande beaucoup de présences, pour des tranches horaires morcelées. Pour  répondre à une requête de parents, elles ne sont que deux à se partager la semaine, si elles étaient trois, cela serait plus confortable en cas de remplacement, c’est évident et tout ça, pour quatre moments dans la journée…  Ce travail, c’est donc un petit plus financier, mais pas seulement.

Elle est obligée de se lever, de se mettre en mouvement. Au début, elle est seule, elle peut encore méditer, à l’air, libre et puis quand les petits moineaux arrivent, elle fait l’épouvantail.

De la bergère, en hiver, il reste le bonnet, les gants, l’écharpe et son sens aigu de l’observation qui lui fait avoir des réflexes sûrs et clairs.

Madeleine elle veille sur un petit troupeau qui transhume de part et d’autre de la route, cheptel en perpétuel mouvement, adultes en devenir et pour elle, qui les regarde passer, un lien humain et c’est ça le plus important. Arrêtez y a tout à voir…

Madeleine, elle aime bien ça !!!

 

RS  |  Pour faire le portrait (à la manière de Prévert)

Prendre d’abord une personne

Avec un cœur ouvert

Quelqu’un de gentil

Quelqu’un de serviable

Quelqu’un d’utile 

Quelqu’un qui ne compte pas son temps

Pour des enfants, pour d’autres gens,

Placer ensuite cette personne près d’un passage

Dans un village

Vers une route circulante

Ou près d’une école

Attendre près de cette personne

Sans s’arrêter de rire, lui parler

Attendre

Sans aucun danger…

Parfois le véhicule arrive vite

Mais il peut aussi mettre de longues minutes

Avant de se décider à s’arrêter

Attendre 

Attendre s’il faut un long moment

Attendre

Que le patrouilleur arrête le mouvement

Que les roues s’immobilisent

Que la palette soit tendue

Et quand tout est arrêté

Que le signal est donné

Prendre le temps de traverser

En toute sécurité

Remercier par un sourire

Par un geste de la main

Remercier la personne

Qui fait traverser chaque matin

Alors si le temps le permet

Puisque la traversée est faite

Sans danger et en toute insouciance

Prendre encore le temps de se retourner

Et de dire son prénom

Merci  Myriam  (et les autres)…