« Le Grand Bal » – Le Moulin à danse revisité

« Le Grand Bal » Documentaire de Laetitia Carton 

Colette Ramsauer | La nostalgie du bal musette et de l’accordéon renaît avec les adeptes du Grand Bal,  événement qui se déroule annuellement en France, à Gennetines, depuis 1990. Durant plusieurs jours, des centaines de festivaliers venus de l’Hexagone et d’ailleurs se regroupent pour danser sur des airs folks et traditionnels. Les jeunes apprécient ce moulin à danse d’un nouveau type.

L’odeur des champs 

L’événement se vit, corps et âme. Il est le sujet du documentaire optimiste de Laetitia Carton, jeune réalisatrice qui dit avoir pris goût à la danse à travers des histoires vécues que lui racontait sa grand-mère. Elle nous emmène dans une petite commune de l’Allier qui a aussi sa Fête du Pain et de la Batteuse. On respire ici l’odeur des champs où chaque été un immense camping, dans une ambiance boy scout, est aménagé pour recevoir les participants dont le nombre s’intensifie. Ils se comptent aujourd’hui par milliers, tous âges confondus, couples hétéros, homos, beaucoup de célibataires. Laetitia Carton, après La pieuvre (2009); Edmond, un portrait de Baudoin (2014); J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (2015), plonge le spectateur durant 90 min dans un monde de danse et de musique. Le début du film nous baigne dans l’atmosphère des bals populaires pendant 30 min, sans quitter la piste. Difficile pour le spectateur de garder le fauteuil face à l’écran sans quelque frustration, tant est grande l’envie d’entrer physiquement dans Le Grand Bal.

Que se passe-t-il chez nos voisins?

On y danse jour et nuit. Plusieurs chapiteaux offrent un pas de danse différent. Des cours sont donnés à tous les niveaux. Les pistes sont ouvertes jusqu’au lever du jour. A 8h, on prend le petit déjeuner sur l’herbe. On s’éclate, on se défoule, mais surtout on rencontre des gens à ce Grand Bal qui se veut européen. Il y a comme la nécessité de se retrouver, de s’identifier autour du bal musette. Pas étonnant de voir ici une France essentiellement blanche dans un département qui vote à droite; le fantasme du retour aux sources, aux origines; l’individualisme fondu dans un grand rassemblement. «Parce que en ronde ou en chaîne, nous recréons l’idée de la cité apaisée» précise la narratrice. 

L’envie de vivre

La danse en cercle pourrait mener à l’hypnotisme, à la transe. Mais Le Grand Bal, c’est d’abord la poésie d’une tarentelle, le goût du contact éphémère dans un bain de foule. La caméra de Laetitia Carton suit les danseurs dans les détails. Leur pas est sûr ou hésitant, c’est selon.  «Je viens depuis quatre ans» raconte un adepte qui n’avait jamais dansé «c’est seulement maintenant que je  profite d’un plaisir de quelque chose que j’ignorais. Au début, j’ai carrément vécu un traumatisme. Plus tard, je voulais qu’on me regarde. Cela a vite passé. Il y a des choses qui se passent dans la danse jusqu’à finalement sentir la connection qui est liée à l’envie de vivre.» «Transmettre le plaisir de danser aux débutants; il se passe quelque chose entre nous tous, comme sentir son partenaire jusqu’à le devenir; expriment des participantes. «Si la femme maîtrise le pas de valse, c’est elle qui mène son cavalier. La plupart accepte volontiers» réplique une autre. L’évolution vers l’égalité des sexes est assurée. La réalisatrice n’oublie pas ceux et celles qui souffrent, lorsqu’ils font tapisserie en bord de piste alors que l’orchestre a lancé un air de tango. On pleure aussi au grand bal lorsqu’il faut se confronter à ses propres limites. 

Richesse du répertoire

Bourrée, mazurka, tango argentin, polka piquée, tarentelle, airs de Flandres, de Wals, danse du ventre et plus, des airs retrouvés. A Gennetines, de petits ensembles musicaux (accordéon percussion pour la plupart) enivrent les danseurs. Pour la caméra, l’un d’eux improvise une chorégraphie à partir du langage des sourds (référence probable de Laetitia Carton à un ami sourd décédé), sur l’air, exceptionnellement en sono, de En surface d’Etienne Daho: «Je balayais mes propres traces… que de temps passé en surface». Le film se termine par une danse en cercle qui rassemblant tout ce monde de passionnés.

*Entrez dans la danse!

Afin de terminer la saison de projections de manière festive, CinéDoc a prévu un bal pour les personnes voulant vivre cette expérience. Danseurs et danseuses débutants et aguerris sont les bienvenus. Rejoignez-nous ce dimanche 14 avril! 

Elle… déjà Entraînés par la foule qui s’élance  Et qui danse  Une folle farandole Nos deux mains restent soudées Et parfois soulevés Nos deux corps enlacés s’envolent  Et retombent tous deux  Epanouis, enivrés et heureux. Edith Piaf, La Foule

« Le Grand Bal » Documentaire de Laetitia Carton FR, 2018, 89 minVendredi 12 avril à 20h
au cinéma d’Oron

*Dimanche 14 avril à 10h30 au cinéma La Bobine à La Vallée de Joux + suivi d’un repas offert à 12h30 et d’un bal folk à 13h30
à la salle du village du Séchey, organisé par l’Association Les Bals Combiers.