Le monde de l’artisan: Raymond Meyer, imprimeur taille-doucier

Nathalie Michlig  |  Des côtes lémaniques où il a grandi, Raymond Meyer est parti à Paris, après l’Ecole des arts décoratifs de Genève, pour y parfaire sa passion, celle de la gravure. A son retour, il continua à se former aux côtés d’éditeurs et d’imprimeurs de la région, avec qui il collabora de nombreuses années. En 1973, il se mit à son compte à Pully, où il vit aussi. Actuellement, il rayonne en deux ateliers, l’un à Pully et l’autre à Lutry. L’un pour les petits formats d’impression et la photogravure, l’autre pour les grands formats. Raymond Meyer, plein d’humanité et de générosité, nous parle de son métier avec pétillance. La taille-douce se décline en diverses techniques de creux sur le métal. Les outils principaux sont le burin et la pointe sèche. Le burin, lame d’acier tranchante emmanchée, va faire un sillon dans le métal : un trait net et précis. La pointe-sèche, pointe d’acier, repoussera le métal en minuscules particules appelées barbes. La gravure peut se réaliser sur une plaque de cuivre, d’aluminium ou de plexiglas. L’eau-forte en est une autre technique. La plaque est badigeonnée d’un vernis puis s’ensuit les traits à la pointe-sèche. L’intérêt de la gravure est de pouvoir multiplier une œuvre. D’infinies déclinaisons d’impression sont possibles. En ses ateliers, il y accueille une multitude d’artistes de tous horizons géographiques et artistiques, mais aussi des néophytes. Ils viennent y travailler, partager, bénéficier de l’œil éclairé et le savoir-faire du taille-doucier. De la gravure à l’impression. Epreuves ou bons-à-tirer sont les fruits d’une collaboration étroite entre Raymond Meyer et l’artiste. Des moments magiques et hors du temps, de quelques heures à plusieurs jours. Comme il nous le raconte, un voyage à travers différentes attitudes et conceptions artistiques, pour réaliser une impression telle que l’artiste l’a imaginée. Un des leviers de l’impression est l’encre. Celle-ci sera malaxée longuement et de consistance variable. Contenant des pigments, de la résine, de l’huile et un vernis siccatif permettant de la faire sécher. Elle sera ensuite étalée sur la plaque et pénétrera en chaque trait taillé ou tracé. Puis, Raymond Meyer va l’essuyer dans un premier temps avec un chiffon de coton appelé tarlatane, puis dans un deuxième temps, avec la paume de la main. La phase d’impression et de tirage se déroule avec une presse manuelle, ou à moteur, de plusieurs tonnes. La plaque, gravée et encrée, sera placée sur la table de la presse, une feuille humectée y sera déposée, puis le tout recouvert d’un tissu de laine délicatement déposé. Puis, la roue de la presse tournera sous la main de l’homme, à vitesse lente et régulière. Un travail physique. A chaque tirage, un nouvel encrage. Tout peut avoir une incidence. Tout dépend des matériaux, de la taille, de l’encrage, de l’humidification du papier… Raymond Meyer, perfectionniste, patient et précis, en constante découverte. Chaque gravure est signée et justifiée comme il nous l’explique, garantissant ainsi son authenticité. Il perpétue un savoir-faire que les plus grands artistes ont expérimenté, de Picasso à Dürer, en passant par Goya, Un métier qui gagne à être connu! Il existe très peu de taille-douciers en Suisse, et chose surprenante, aucun cursus officiel de formation en Helvétie! Laissez-vous titiller par votre curiosité! N’hésitez pas à le contacter pour plus d’infos au 079 311 09 35.