Le Festival des Droits Humains (FIFDH) s’invite à Oron

«The Other Side of Everything / L’Envers du Décor» de Mila Turajlić, première en salle romande

Colette Ramsauer  |  Le cinéma d’Oron fait partie des salles choisies hors les murs pour diffuser la démarche artistique et sociétale du Festival du film et Forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH). Grâce à Cinédoc, il projette en première romande «The Other Side of Everything / L’Envers du Décor» de la réalisatrice serbe Mila Turajlić.

Dialogue mère/fille 

Réflexion soutenue sur l’engagement politique, le film nous plonge dans l’histoire contemporaine du pays de Mila Turajlić, à travers un dialogue avec sa propre mère, Srbijanka Turajlić, farouche militante politique qui s’opposait au chef d’Etat Milosevic. De Srbijanka, la cinéaste brosse le portrait d’une personne hors du commun. La plupart des scènes sont tournées dans son appartement belgradois, à l’étage d’un immeuble cossu datant de l’époque austro-hongroise, au centre névralgique de la ville, où de la fenêtre on pouvait voir les manifestations, les émeutes et le feu au Parlement.

Porte fermée depuis 70 ans 

Regards croisés entre les judas des portes de palier en disent long sur l’époque du communisme. Il y a aussi cette autre porte, condamnée, fermée depuis le partage des habitations en 1946, qui reste une énigme tout au long du film. Avec subtilité, la caméra s’attarde sur les meubles et objets anciens évoquant les générations passées d’une famille de notables de l’intelligentsia de Belgrade… d’un ministre et de plusieurs avocats.

Proche des étudiants

«Pour défendre quelle justice? Adolescente, je me voyais plutôt en Marie Curie et recevoir le prix Nobel!»  Srbijanka Turajlić deviendra docteur en génie électrique, professeur d’université. Proche des étudiants, elle les soutiendra dans leur combat pour la démocratie; courageusement, publiquement et devant des foules considérables. Captures d’écran et documents d’archives étonnants rappellent les événements passés. Le film a non seulement une valeur historique, il est aussi un petit chef d’œuvre cinématographique!

Que reste-t-il de mon pays?

CR  |  La cinéaste Mila Turajlić (1979) a grandi à Belgrade, dans cet appartement qu’elle a choisi pour décor dans son film. Quand la Yougoslavie explosa, la jeune Serbe avait 10 ans. Après des études d’Arts dramatiques, elle poursuivra sa formation à Londres et Paris (cinéma, politique, économie). En 2011, son documentaire «Cinéma Komunisto» a connu un succès mondial. «C’est un voyage à travers la fiction et la réalité d’un pays qui n’existe plus qu’au cinéma» déclarait la réalisatrice. «Cinéma Komunisto» raconte le «Hollywood de l’Est» où furent tournés des centaines de films. Tito avait compris que le cinéma peut contribuer à l’unification nationale et s’en servait pour créer un mythe fondateur. Après la fin du communisme, avec au pouvoir le chef d’Etat Milosevic (1989-2000), nommé plus tard «le boucher des Balkans», puis la révolution «des Bulldozers» qui suivit en octobre 2000, que reste-t-il aujourd’hui de l’ex-Yougoslavie?  Dans «The Other Side of Everything / L’Envers du Décor» (lauréat du Grand Prix Documentaire IDFA), la cinéaste, en dialogue avec sa mère, tente d’obtenir une réponse. Avec justesse et talent.