Le faux vampire de Ropraz à Cery

Claude Cantini  |  Les anciens dossiers psychiatriques vaudois ayant été déposés, en 2016, aux archives cantonales, j’ai pu enfin obtenir l’autorisation de consulter celui de Constant Favez. Y ayant découvert des détails inédits, il m’a semblé opportun de les partager avec les lecteurs intéressés par un sujet qui – il y a plus d’un siècle – a passablement secoué notre région. Originaire de Servion et domicilié à Brenles, Constant Favez, l’aîné de trois frères et de deux sœurs, est célibataire et domestique de campagne. La mère est morte, «poitrinaire», à 40 ans; le père, également domestique de campagne, «se saoûle une à deux fois par semaine, mais boit bien son litre et les petits verres par dessus». Un oncle, aussi buveur, a une fille idiote. Quant à Constant, «il y a longtemps déjà qu’il a pris l’habitude de se saoûler de temps en temps, le dimanche surtout; depuis tout petit, il court et chicane les petites filles, mais il n’a eu (il est bossu) que peu de rapports, et plus tard seulement, avec les filles du village». De 7 à 16 ans, il fréquente l’école de Ferlens avec beaucoup de peine: «il était toujours le dernier, sauf pour le calcul de tête». C’est à peine si à l’âge de 10 ans, le régent le traite de façon bien peu pédagogique, de «bétard». De 1894 à 1903, Favez travaille, bien entendu comme domestique, dans plusieurs fermes situées à Ropraz (où il «tombe malade d’anémie»…), Prilly, Bottens, Brenles, Servion et Ferlens.

Il a 24 ans quand il arrive à Cery, sous le coup d’un internement définitif, le 30 décembre 1903. Il connaît déjà l’asile pour y avoir séjourné, de fin juin au début de novembre 1903, en vue d’une expertise. Rappelons que Constant Favez a été acquitté le 19 décembre 1903 du crime d’exhumation et violation de cadavres, le jury du Tribunal d’Oron n’ayant retenu que l’attentat à la pudeur avec violence, par ailleurs avoué. Son dossier psychiatrique ne peut que mentionner: «Malade depuis la naissance», référence claire à une imbécillité congénitale. Favez travaille d’abord à la fabrication de pantoufles, puis, dès mars 1904, à la ferme de l’asile. Les rapports annuels le concernant ne dépassent pas, en général les cinq lignes, car tout est positif: «grand travailleur», «travaille bien», «sans changement». C’est en mars 1907 qu’un changement intervient, car Favez «est arrivé depuis la ferme en état d’ivresse. Il paraît que ce ne serait pas la première fois qu’il boit à la ferme». De ce fait, après un passage peu concluant au jardin de l’asile, il travaillera à l’intérieur de l’établissement «aux machines». En avril 1908, il s’occupe à nouveau (toujours bien) à la ferme, mais un mois plus tard est déplacé aux cuisines. Ensuite, de 1909 à 1912 (les rapports 1910 et 1911 se limitent à la date, sans commentaires), Favez – jugé, sans changements, comme «très gentil» – revient s’activer à la ferme.

Sa fuite aura lieu le 20 avril 1912. Le dossier précise ceci: «s’évade dans la nuit; avait évidemment une fausse-clé. Envoie ensuite à son voisin de chambre Riesen une carte postale timbrée Pontarlier, où il dit qu’il part pour la Normandie». Le caractère psychiatrique de la peine, a valu au moins à Contant Favez de ne pas être signalé, après sa fugue, dans le «Moniteur suisse de police». Répétons que le vrai vampire de Ropraz n’a jamais été découvert.