Le courage de la terre

Louison Dutoit – Editions d’En Bas

1950-2000, une paysanne raconte

Monique Misiego | Louison Dutoit, née en 1919, a vécu à la ferme du Pelleret à Châtillens depuis son mariage en 1950. Elle a fini sa vie dans un home pour personne âgées à Château-d’Oex. Ce livre n’est pas tout récent, paru en 2003, mais il a été écrit par une vraie paysanne. Une femme de la terre, de celles qui savent de quoi elles parlent. Elle ne l’a pas écrit dans sa jeunesse, mais à l’aube de ses quatre-vingts ans. Son entourage lui disait depuis longtemps d’écrire, de parler de la condition des paysans. L’idée d’un livre l’a poussée à se documenter, à consulter les journaux, à collecter tout ce qui avait trait à la terre. Elle s’est renseignée auprès de paysans en activité, ne craignant malgré son âge de se déplacer à Genève, dans le Jura, partout où elle pouvait glâner des informations. Voici comment Mousse Boulanger (figure bien connue dans notre région) raconte leur première rencontre: «Louison Dutoit m’avait téléphoné pour me faire part de son projet de livre. Je l’ai rencontrée pour la première fois en été. J’étais assise dans mon jardin avec un recueil de poésie. J’ai vu alors arriver une dame au visage éclairé par des yeux curieux, vifs, rieurs. Elle s’aidait d’une canne pour franchir le petit muret qui entoure mon carré d’herbe. Un cabas pendait à son bras. Tout de suite, j’ai eu le sentiment de la connaître depuis longtemps. Elle m’a expliqué qu’elle avait déjà écrit plusieurs chapitres de son ouvrage. Au début elle avait pensé raconter sa vie de paysanne en vrac. Puis elle a compris que ce qui était intéressant, c’était plutôt les mutations vécues par les paysans, autrement dit leur histoire. Même si elle ne prétendait pas au titre d’historienne! Dans sa modestie, elle ne craignait qu’une chose: mal rapporter les bouleversements de leur univers dans ce dernier demi-siècle». Ses joies, ses découvertes, ses chagrins, ses déceptions, ses révoltes, ses doutes, sa volonté de mémoire ont donné naissance à ces pages magnifiques qui décrivent avec intelligence et une prescience infaillible un demi-siècle de métamorphoses paysannes. On peut sans problèmes imaginer les bouleversements technologiques qu’a vécus cette femme tout au long de sa vie. Née en 1919, elle a vu arriver tout simplement le progrès, tant de nouveautés, tant d’améliorations dans la vie de tous les jours. En tant que femme, a-t-elle pris conscience de l’évolution du féminisme, qu’a-t-elle pensé de l’arrivée de la pilule, du droit de vote des femmes, j’aurais bien aimé pouvoir le lui demander. Mais ce que m’inspire le visage doux rempli de sagesse sur la couverture de ce livre, c’est une tasse de thé avec une bonne tarte aux pommes. Parce que ces paysannes se donnaient corps et âme pour les autres, pour leur terre aussi, ne limitant jamais les heures passées au travail en tout genre. Rendons leur hommage. Ce livre est en réédition en format poche, à lire ou relire pour s’imprégner de la vie
paysanne du siècle dernier.