Lausanne – Le Mudac suscite la réflexion autour de son exposition thématique

Les armes à feu, caractère à la fois artistique et sociétal

Pierre Jeanneret  |  Le Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac) propose régulièrement des expositions thématiques autour de sujets de société, afin de susciter la réflexion. Ligne de mire s’inscrit dans cette volonté. Les armes à feu ne laissent pas indifférent: elles provoquent à la fois une fascination morbide et une profonde aversion. Les différents aspects de cette thématique sont présentés à travers une scénographie vivante et imaginative. Le visiteur est accueilli par un barrage de protection contre les balles fait de sacs de sable. On retrouvera ce motif récurrent à travers toute l’exposition. Puis nous pénétrons dans une salle obscure où une vidéo multi-écrans de Herlinde Koelbl, Targets (cibles) présente, dans un bruit de rafales assourdissant, des soldats de différents pays en position de tir, souvent sur des cibles à forme humaine… dont certaines revêtues d’un voile ou d’un keffieh. Des armes létales peuvent néanmoins se conjuguer avec une recherche artistique. On remarquera notamment un tapis de sol fait de cartouches, un ensemble de panneaux d’acier perforés par les balles (réalisé avec le concours de la police lausannoise), et surtout une oeuvre singulière, qui peut certes déranger: le Néerlandais Ted Noten présente Uzi mon Amour où, au milieu de miroirs, brille le fameux pistolet-mitrailleur israélien réalisé en or massif. La salle la plus spectaculaire – ou la plus inquiétante – est sans doute celle où une paroi entière est revêtue de tapis afghans tous décorés de tanks, missiles, lance-roquettes, grenades, avions et hélicoptères de combat, et autres engins de mort. Juste derrière cette «iconostase» macabre, trois maquettes d’édifices religieux: une église, une mosquée et une synagogue composées de pièces d’armement, montrant par là que les religions peuvent être facteurs de guerre lorsqu’elles virent au fanatisme. Les femmes, soldates ou membres d’organisations terroristes, ne sont pas étrangères à l’univers des armes. Ni les enfants. Dans la salle qui leur est réservée, on peut «admirer» My First Rifle, de couleur rose bonbon, conçue pour «la jeunesse américaine»! Au terme de ce parcours, des panneaux d’information rappellent certaines réalités. Ainsi, aux Etats-Unis, 36’252 personnes sont mortes par armes à feu en 2015. Dans ce paradis, des pistolets et autres fusils d’assaut, on compte une arme pour 1,2 habitant. En moyenne, il y a en Suisse 229 morts par année par armes à feu, dont la moitié est de provenance militaire. Quant au taux de suicides par armes à feu, c’est dans notre pays qu’il est le plus élevé en Europe. Puisse l’exposition originale du Mudac faire réfléchir sur ce fléau!

«Ligne de mire»,  Lausanne, Mudac, place de la Cathédrale 6, jusqu’au 26 août

Brigitte Zieger, ‘Women are Differentfrom Men’, 2011

Sylvie Fleury, ‘Revolver’, 2009

 

Johanna Dahm, ‘Whilhelm Tell’s Shot’, 2011