« L’Apollon de Gaza » – Enquête en Palestine

«L’Apollon de Gaza», un documentaire de Nicolas Wadimoff

Colette Ramsauer | Le repêchage au large de Gaza en 2013 d’une statue du dieu grec Apollon, supposée d’origine antique, a contraint le Hamas à garantir sa préservation. Sur les réseaux sociaux, l’image de l’objet – gisant sur une étoffe imprimée de Schtroumpfs – avait suscité l’intérêt international. Mais l’embargo israélien sur Gaza empêcha les spécialistes étrangers à venir voir l’énigmatique sculpture. Nicolas Wadimoff mène l’enquête sur une histoire rocambolesque.

Provenance incertaine

Une histoire qui ne va pas sans nous rappeler les aventures de Tintin! Sur le lieu de découverte, Nicolas Wadimoff (Spartiates, 2014 Prix de Soleure; Jean Ziegler, l’Optimisme de la volonté, 2017) s’adresse au pêcheur qui a émergé la statue, qui l’a déplacée dans l’arrière-boutique d’un bijoutier où elle a été montrée à des curieux et à des experts. La sculpture de bronze mesure environ 1m70, pèse près de 480 kg. Elle est quasiment intacte. Sans certitude sur sa provenance, elle a été estimée à 15 millions d’euros. La fascination pour l’art grec dépasserait celle portée aux autres cultures.

Un roi de lumière dans des mains obscures

Un mois plus tard, les autorités s’emparent de l’Apollon et depuis le gardent en catimini. En parlant de millions, leur esprit a dû divaguer. «Qui le cache, des mafieux, des familles, le pouvoir en place, l’aile militaire du Hamas?» Logiquement propriété de l’un des deux Etats, il n’est pas marchandable. 

A Jérusalem, et à Gaza avec les difficultés d’accès qu’on imagine, Nicolas Wadimoff rencontre archéologues, historiens, collectionneurs, susceptibles de fournir des indices. Il pousse la porte d’ateliers de sculpteurs, d’artisans, d’un restaurateur d’art. 

«Notre histoire est lumineuse, elle a été oubliée» déplore un Palestinien qui voit en ce roi de lumière l’opportunité de redorer l’image altérée d’un pays en guerre. Mais le bel Apollon est convoité aussi à Jérusalem, «Il nous manque» observe la conservatrice du Musée archéologique «… nous avons Aphrodite, Artémis, Héra, Démeter, Dionysos… quasiment tous les dieux grecs sont ici». 

«Nous avons besoin de patience»

Le cinéaste s’entretient avec le collectionneur Jawdat Khoudary. Décidé à sauvegarder le patrimoine palestinien, l’homme d’affaire a ouvert à Gaza un musée abritant les vestiges découverts lors de démolitions. Il s’exprime en demi-teinte au sujet de l’Apollon. «A Gaza, nous avons besoin de patience»… double allusion, face au réalisateur d’origine suisse? Sa collection prêtée pour une exposition au Musée d’Art et d’Histoire de Genève en 2007, reste bloquée depuis aux Ports-Francs, les autorités craignant que l’embargo israélien empêche son acheminement vers Gaza.

Un grand mensonge ?

Entre déclarations des pêcheurs qui ont émergé l’énigmatique sculpture, l’aveuglante fascination de certains et l’affirmation catégorique d’experts qu’il s’agit d’un faux, il n’est pas aisé de conclure, d’autant plus que d’autres reviennent sur leurs déclarations par crainte de pressions du gouvernement. «C’est l’histoire d’un grand mensonge» conclut un sculpteur face à la caméra.

Un autre aspect de Gaza 

Auteur de nombreux documentaires pour le cinéma et la TV, Nicolas Wadimoff avec son dernier film nous donne l’occasion de voir des images peu ou pas montrées de la bande de Gaza par les médias. Il nous plonge dans le monde moyen-oriental qu’il ressent totalement. La musique de la BO colle au décor, tout comme le texte lu par l’acteur Bruno Todeschini. Nicolas Wadimoff l’a composé, s’inspirant des oracles de Delphes. C’est tout simplement magnifique!

L’Apollon de Gaza de Nicolas Wadimoff, documentaire-enquête, Suisse/Canada, 2018 vost, 78 min, 8/14 ans, Sortie le 27 mars