La Troisième Guerre mondiale aura (bien) lieu…

Laurent Vinatier | Mais personne n’est prévenu. Il n’y a rien de particulier dans le journal. Ni déclarations en bonne et due forme ni troupes massées aux frontières – les Russes ont réduit leurs contingents aux ex-frontières orientales de l’Ukraine qui n’existent de toute façon plus vraiment. On serait bien en peine également de distinguer quelques signes substantiels d’une conflagration globale. A notre connaissance, la Chine n’a pas mobilisé; les Européens sont toujours marginalement engagés en Afrique avec une poignée d’avions et des forces spéciales; les Etats-Unis entraînent les Afghans – comme toujours; ils bombardent aussi, mais sans plus, l’Iraq et la Syrie. Pourtant, la Troisième Guerre mondiale a bel et bien commencé, la semaine dernière, doucement… quand la Russie a frappé des groupes armés en Syrie.
Il semble malheureusement que ce ne soit pas exactement ceux qu’il fallait. Les Russes affirment viser des positions de l’Etat islamique. C’est possible, mais pas que. Sur le terrain, des sources aussi différentes que les services secrets britanniques et des organisations non gouvernementales islamistes turques rapportent qu’en fait l’aviation russe bombarde aussi (et surtout) des groupes de l’armée syrienne de libération soutenus par les Etats-Unis et des Etats du Golfe. C’est évidemment tout de suite plus problématique. Par rapport à ce qui se faisait pendant la Guerre Froide, le monde a atteint un nouveau palier dans l’affrontement est-ouest. Si auparavant Américains et Soviétiques se battaient par procuration, à travers des groupes locaux, aujourd’hui, les Russes (héritiers des Soviétiques pour faire vite) s’en prennent directement aux alliés américains. On a donc perdu un intermédiaire.
L’une des questions du week-end à Washington a dû être: «Faut-il fournir des batteries de défense anti-aérienne aux groupes qu’on soutient… de manière à détruire les bombardiers russes ?» Grave décision sans doute. On n’ose imaginer ce qui pourrait se passer si se croisent dans le ciel des avions russes et américains en chemin vers leurs cibles (par chance tous ne sont pas dotés de missiles air-air). Ce n’est vraisemblablement plus qu’une question de temps. Certes les Etats-Unis ont critiqué, les Turcs ont réagi, les Français et les Allemands ont demandé aux Russes de mieux viser. Il y a quand même là quelque chose de désespéré, comme une tentative de la dernière chance avant de devoir mettre un terme à ces comportements destructeurs de la Russie, à son extrême capacité de nuisance en Ukraine d’abord puis en Syrie maintenant. La Troisième Guerre mondiale aura bien lieu donc… On ne sait juste pas à quel moment, cela devrait empirer mais on sait comment.