La transformation d’une ferme au milieu du village d’Essertes suscite des inquiétudes

Tempête dans un verre d’eau ?

Dans notre édition du 5 septembre dernier, nous avions publié, en page 4, un avis d’enquête concernant la rénovation d’une ferme dans le village d’Essertes. Les avis d’enquête sont tenus de paraître dans la FAO (feuille des avis officiels) et dans le journal régional. Celui-ci n’est pas passé inaperçu! 

Thomas Cramatte |  S’agissant d’une association de fidélité chrétienne, le rachat de cette ferme de 1870 par la fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) crée plusieurs interrogations. Cette identité catholique traditionaliste, créée en 1970 à Fribourg, est née de l’opposition du Concile de Vatican II. 

Pris d’inquiétude et craignant pour la qualité de vie de ce charmant petit village, certains riverains ont contacté la presse et distribué un avis à la population dans tout le village.

Les opposants devant la future école privée

Le journal Le Temps et 24H ont écrit respectivement sur ce propos. Cet intérêt soudain de la presse pour la venue de la FSSPX à Essertes intensifie les craintes des riverains, ces derniers faisant part de leurs angoisses à la commune et revendiquant une copie complète du dossier. 

«La commune nous a fait parvenir le rapport de mise à l’enquête très rapidement. Le lendemain matin, nous avons pu examiner les plans de transformation», déclare une riveraine.

C’est là que tout se complique, le rapport mentionne une capacité totale de 300 personnes. Or, cela représente les 2/3 des citoyens d’Essertes, (374 habitants). Les riverains décident alors de créer une association dans but de récolter un maximum d’oppositions à ce projet de construction, l’Association pour le maintien de l’identité d’Essertes et de sa qualité de vie. 

Une autre habitante nous fait part de ses inquiétudes: «Cette rénovation est prévue pour 300 personnes. Imaginez-vous le nombre de voitures supplémentaire et les nuisances sonores que cela engrangerait dans notre quartier. Pour nous, c’est surtout cela qui nous fait peur. Sans compter l’agitation autour des cultes le week-end».

«Nous aurions apprécié que la commune organise une séance d’information afin de nous rassurer» explique un autre habitant. 

Un dossier normal

Dossier devenu difficile pour la municipalité. Jamais celle-ci n’aurait imaginé un tel émoi autour de ce projet. Ne voulant surtout pas mettre de l’huile sur le feu en articulant des propos non vérifiés, l’autorité communale avait besoin de recul avant de s’entretenir avec les médias. 

Une conférence de presse a été organisée le vendredi 27 septembre au bureau communal d’Essertes. «Ce dossier de construction est soumis à la police des constructions, nous le traitons dans les règles et sans faire de différence avec un dossier normal. Car c’est un dossier normal», soutient René Delessert, syndic du village.

«Nous voulons également rassurer nos citoyens, mais organiser une séance d’information avant la mise à l’enquête aurait été discriminatoire envers la fraternité, il s’agit du droit privé et la FSSPX a le droit d’exister», précise Laurent Conne, municipal en charge de la police des constructions. 

Lors de cette séance, l’autorité communale démontre qu’il s’agit en grande partie d’incompréhension et d’un manque d’information: «Nous voyons sur les plans que 300 personnes peuvent être accueillies dans cette ferme. Mais il s’agit d’une mauvaise interprétation, car en réalité, il s’agit du seuil maximal par apport aux voix de fuites», déclare Laurent Conne. 

Une école sans problèmes

Actuellement située à Villars-Tiercelin, l’école privée compte 4 sœurs et 5 abbés, ceux-ci suivent le plan d’enseignement vaudois pour environ 25 élèves. Ce chiffre devrait rester sensiblement dans les mêmes proportions ces prochaines années. De la 1P à la 8P, les horaires sont identiques à l’école publique. Pas d’enseignement le mercredi après-midi ni le week-end. 

Entre confusion et clarté

La fraternité est inquiète de la tournure des événements. Ils ont porté une réponse sur leur site internet afin de rassurer les riverains. Elle assure qu’il ne s’agit là que d’une école primaire et non d’un lieu de séminaire. Un seul et unique lieu de culte est prévu à l’intérieur afin d’éviter toutes nuisances sonores dans le quartier avoisinant. 

L’autorité communale a pris contact avec la syndique de Villars-Tiercelin: «Nous n’avons enregistré aucun problème depuis la venue de cette école il y a 7ans. Certes, le nombre d’enfants a légèrement augmenté, mais leur présence amène au moins un peu d’animation dans notre village».

L’objectif du rachat de cette ancienne ferme est simple du côté de la fraternité: «Cette maison est ce que nous avons trouvé de mieux d’un point de vue géographique. Nous avons également été séduits par son cachet et la beauté du paysage environnant», souligne l’abbé Schreiber.

La fraternité mentionne que ses intentions sont souvent mal comprises: «La présentation de notre projet qui a été faite ces derniers jours est très éloignée de la réalité, nous souhaitons simplement nous fondre au milieu de ce village et en aucun cas troubler le voisinage».

La FSSPX dispose déjà de nombreux lieux de culte en Suisse. Bien entendu à Ecône en Valais, mais également sur Fribourg et dans le canton de Vaud. Hormis Villars-Tiercelin, on la retrouve également à Montreux, Chexbres ou encore à Lausanne dans l’ancienne église catholique de Mont-Olivet.

La fraternité est prête à rencontrer les citoyens afin de les rassurer. «Nos portes sont grandes ouvertes à toute personne de bonne volonté qui désire nous connaître ou échanger son opinion avec nous», conclut l’abbé Schreiber.

Comme quoi dans la vie, la communication est la base de toute relation. Entre confusion et clarté, une bonne communication est requise, et ce, même pour un simple dossier de construction. 

Thomas Cramatte