La solitude pèse parfois très lourd chez certaines personnes âgées

Gérard Bourquenoud  | Il y a, dans le monde d’aujourd’hui, des milliers de personnes quelque peu oubliées ou ignorées par leurs enfants et même par les petits-enfants. Si les pères sont moins nombreux à souffrir d’une telle solitude, bon nombre de mamans sont affectées par cette situation. Il est vrai et nous le constatons presque tous les jours, que la mentalité de la plupart des gens s’est transformée depuis quelques années en un  «chacun pour soi», même si ce n’est pas le cas dans toutes les familles. Une dame veuve de 85 ans que j’ai rencontrée récemment et qui vit depuis peu dans un appartement protégé pour les seniors, m’a déclaré qu’elle était heureuse de vivre du fait que ses enfants et petits-enfants lui rendent régulièrement visite. Une autre grand-maman, qui vivait seule à son domicile et ne pouvait plus assumer son ménage et ses repas, a été contrainte d’entrer dans un home, malgré sa réticence. «Même si ce n’est pas facile de vivre dans une telle maison» m’a-t-elle avouée, elle est semble-t-il  bien entourée et chaque matin, elle se rend à la cuisine de l’établissement  pour aider à éplucher les légumes. Cela lui fait énormément de bien physiquement et moralement. Une septuagénaire, qui a perdu son mari il y a vingt ans et qui semble être quelque peu oubliée par sa famille, m’a montré sa lettre envoyée il y a quelques mois à ses enfants et petits-enfants. «Romain, mon fils, je sais que tu es débordé de travail dans ton entreprise et ta femme est au four et au moulin, donc jamais de temps libre pour venir me voir. Emilie, toi ma grande, tu es très occupée avec ta ferme, tes chevaux et tes enfants, donc difficile de te déplacer jusque vers moi. Marion, tu es à l’étranger pour le HCR, effectivement trop éloignée pour me rendre visite. Vous, les petits-enfants, vous êtes aux études ou en apprentissage, pas cinq minutes pour me dire bonjour. J’allais oublier de vous dire que demain, avec mon Jules, je prends l’avion pour la Guadeloupe, du fait que j’ai gagné près de 150’000 francs à la loterie. Cela ne vaut pas la peine de vous déranger.» Votre maman et grand-maman Eugénie. Ces témoignages nous confirment que la vie est parfois très dure pour les personnes qui doivent couler leurs vieux jours dans la solitude. Il en est de même pour bon nombre d’entre elles qui n’ont pas d’autre choix que de prolonger leur périple dans un home, même si ce dernier ne soit pas vraiment une convoitise pour tout un chacun.       

Eugénie et son Jules, sur la plage de la Guadeloupe