La redécouverte d’un artiste injustement oublié

Pierre Jeanneret |  L’excursion à Evian en bateau de la CGN constitue un véritable rite de l’été, surtout pour nous riverains du bassin lémanique. Or depuis 2008, cette escapade a acquis un intérêt nouveau. C’est à cette date que le Palais Lumière, ancien établissement thermal construit dans un remarquable style Art nouveau, s’est converti en centre culturel. On peut y voir des expositions souvent d’un grand intérêt.

Albert Besnard (1849-1934) est bien oublié aujourd’hui… Et pourtant, il fut sous la IIIe République un artiste célèbre, adulé, couvert d’honneurs. Peintre quasi officiel, il a laissé une série de portraits de personnalités mondaines. C’est peut-être l’aspect le plus vieilli de son œuvre. Il est beaucoup plus intéressant lorsqu’il peint des scènes intimes, des membres de sa famille. D’un voyage de sept mois aux Indes en 1910-1911, il a rapporté une série de tableaux orientalistes aux couleurs très vives, notamment des rouges éclatants.

Besnard se révèle aussi comme un remarquable graveur. On s’arrêtera notamment sur sa série d’eaux-fortes intitulées Elle. Elle, c’est la Mort, représentée tantôt sous la forme d’une femme, tantôt d’un squelette. Macabre et humoristique à la fois ! Moins inquiétants, les tableaux inspirés par le lac d’Annecy, où l’artiste résidait une partie de l’année. L’eau, les baigneuses, les nymphes révèlent la part poétique de son être.

Enfin l’exposition présente le décorateur de nombreux édifices publics (mairies, Hôtel-de-Ville de Paris, etc.) Ses peintures murales, parfois allégoriques, font l’apologie de l’esprit républicain, de la science, du savoir.

Certes un peu inégale, cette œuvre vaut le détour, qui permet aussi d’admirer le magnifique bâtiment du Palais Lumière qui l’abrite.

 

«Albert Besnard (1849-1934). Modernités Belle Epoque», Palais Lumière Evian, jusqu’au 2 octobre.