Lapin

Georges Pop  |  La période de Pâques coïncide de nos jours avec une stupéfiante invasion de lapins en chocolat, certains délectables en bouche, d’autres insipides car issus d’une industrie alimentaire plus soucieuse de quantité que de finesse. Arrêtons-nous donc aujourd’hui sur le mot lapin qui est tellement commun que l’on s’interroge rarement sur son ascendance. En vieux français, le lapin se disait conil, dérivé du latin cuniculus qui a donné coniglio en italien, conejo en espagnol ou encore counél en franco-provençal. Mais pourquoi avoir abandonné conil au profit de lapin? Pour une raison à vrai dire assez triviale. Jadis, conil désignait aussi familièrement le sexe de la femme. Est-il vraiment utile de relever ici l’évidente parenté de conil avec ce mot en trois lettres devenu aujourd’hui l’injure la plus usitée de la langue française, souvent précédée de qualificatifs tels de gros, sale, vieux ou pauvre dans sa version masculine ; parfaitement adaptable au demeurant au féminin ? Pour échapper à de burlesques ou d’embarrassantes méprises, conil fut donc progressivement abandonné au profit de lapin. Mais pourquoi lapin ? Eh bien il existe plusieurs explications. Mais selon la plus vraisemblable, ce mot nous viendrait du latin lepus qui voulait tout simplement dire lièvre. Après tout, lièvres et lapins n’appartiennent-ils pas tous deux à l’ordre des lagomorphes à longues oreilles (et non à celui des rongeurs comme on le croit communément) ? D’ailleurs nombre de lapins en chocolat sont en réalité des lièvres avec un corps longiligne et de longues oreilles, bien plus allongées que celle des lapins. Posons-nous encore cette question : quel est le rapport entre les œufs, les lapins et la résurrection de Christ célébrée par les chrétiens le jour de Pâques ? La réponse est… aucun ! Cette tradition est d’origine païenne. Jadis, le lapin était un symbole de fertilité chez les Germains. Il était l’animal fétiche de la déesse Eostre célébrée lors de l’équinoxe de printemps par les Angles et les Saxons. Le nom de la déesse a d’ailleurs donné Easter, l’équivalent anglais de Pâques. Le lapin comme les œufs ont donc longtemps cohabité en Allemagne avec la Pâques chrétienne, avant de se répandre dans le monde entier par le biais des émigrés allemands partis pour le Nouveau Monde. Selon une légende allemande, une femme trop pauvre pour offrir des friandises à ses enfants décora des œufs qu’elle dissimula dans le jardin. Les enfants, voyant passer un lapin, crurent que c’est lui qui avait pondu les œufs. Aujourd’hui encore, le lapin est vu comme un emblème de fertilité. Ne dit-on pas d’un individu très porté sur la bagatelle mais aux performances expéditives qu’il b… comme un lapin ?