La petite Histoire des mots – Scrutin

Illustration © Arvid Ellefsplass

Georges Pop |  A l’approche des élections fédérales, le mot «scrutin» est de plus en plus souvent cité, notamment dans la presse, pour désigner le prochain vote des citoyens. Certes, les mots «élection» et «scrutin» sont synonymes. Mais si le premier peut aussi désigner un vote à main levée, le second définit plus spécifiquement un vote au moyen de bulletins déposés dans une urne. Le mot est issu du latin «scrutinium» qui caractérise un examen très fouillé, voire excessif; terme lui-même dérivé de «scrutor» qui veut dire «fouiller» et qui nous a donné en français le verbe «scruter» qui désigne l’action de sonder, d’observer avec une grande attention et même parfois de chercher à percer à jour des choses cachées. Dans un sens classique chez les Latins, ce terme pouvait s’appliquer à la prospection géologique pour rechercher, par exemple, du minerai de fer indispensable à la fabrication d’armes, mais aussi à la fonction des augures, ces prêtres chargés d’interpréter les phénomènes naturels, comme le vol ou le chant des oiseaux considérés comme de bons ou de mauvais présages; ou encore à la pratique des haruspices qui pouvaient lire l’avenir en scrutant les entrailles des animaux sacrifiés. Il est cocasse de noter que vers la fin de l’Empire, le mot «scrutari» issu de «scrutor» prit une connotation très péjorative pour désigner un «fouille-merde» ou un chiffonnier qui trifouillait des fripes pour y trouver des bricoles à vendre sur les marchés aux puces de ce temps-là. C’est d’ailleurs à cette même époque que l’on commença à utiliser une urne pour les jeux de hasard ou pour élire les responsables d’un quartier ou d’un corps de métiers. A l’origine, chez les Romains, une «urna» était une unité de mesure de volume, utilisée pour l’huile et équivalente à une dizaine de nos litres. Le mot a fini progressivement pas désigner une amphore ou un petit récipient de terre cuite dans lequel on entreposait de l’huile, de l’eau mais aussi des cendres, notamment celles des défunts. C’est là l’origine de nos «urnes funéraires» contemporaines. Pour en revenir à notre scrutin, le mot apparait dès le 13e siècle sous la forme «crutine» pour évoquer un vote secret. Un siècle plus tard il prit la forme «escrutine» avant d’adopter son apparence actuelle dès le 15e siècle. De nos jours, un scrutin ne désigne pas seulement l’action de voter mais aussi l’ensemble des opérations qui constituent une élection. Il peut y avoir un ou deux tours de scrutin et il faut distinguer le scrutin uninominal (qui ne propose qu’un seul nom) du scrutin plurinominal (qui comporte une liste de plusieurs noms), ainsi que le scrutin majoritaire du scrutin proportionnel. Chaque scrutin s’achève inévitablement par l’examen des probes scrutateurs (les fouilleurs) qui scrutent minutieusement (fouillent) le contenu des urnes avant de proclamer le résultat du scrutin. Cette année, plus de 4600 hommes et femmes vont se disputer les sièges du Parlement lors des élections à venir. C’est un record dû notamment au nombre plus grand de candidates. Elles représentent près de 40% du total des aspirants députés. En attendant de connaître leur sort et l’issue de cet «examen» (scrutinium) chacun et chacune pourra méditer sur cette pensée du philologue et historien français Joseph Ernest Renan: «Le hasard de la naissance est moindre que le hasard du scrutin.» 

Votez Georges Pop !