Médaille

Georges Pop  |  La délégation helvétique sort la tête haute des Jeux olympiques de PyeongChang, avec une exceptionnelle moisson de médailles. Le rite qui consiste à remettre des décorations aux athlètes méritants s’inspire assurément de la pratique militaire. Il émerge à la fin de XIXe siècle et se généralise au XXe alors que les succès sportifs, tout comme les victoires sur les champs de bataille, étaient censés (et le sont apparemment toujours) exprimer la grandeur d’un pays. Les vainqueurs des jeux antiques se contentaient, eux, d’une couronne d’olivier et de la gloire. Le mot médaille a été emprunté à l’italien medaglia, dérivé du latin vulgaire medialia qui, comme le mot français maille qui lui est associé, désignait à la fin du Moyen-Âge une piécette de peu de valeur. Les médailles commémoratives sont une invention de la Renaissance italienne. Les princes et les riches bourgeois les frappaient à leur effigie pour se magnifier et choyer leur narcissisme. L’art des médailles se répandit en Allemagne et en Suisse vers le XVIe siècle. Selon le Dictionnaire historique de la Suisse, Le Schwytzois Johann Carl Hedlinger et le Genevois Jacques Antoine Dassier comptaient au XVIIIe siècle parmi les plus illustres médailleurs européens. Lors des premiers Jeux olympiques modernes, à Athènes, en 1896, le vainqueur de chaque épreuve fut gratifié d’un rameau d’olivier, reçut une médaille d’argent et un diplôme et le deuxième une médaille de cuivre et une branche de laurier. A Paris, quatre ans plus tard, on ne distribua aucune médaille, seulement des coupes. C’est en 1904 à Saint-Louis, aux Etats-Unis, qu’apparurent pour la première fois les médailles d’or, d’argent et de bronze que l’on accrochait avec une épingle, comme pour les soldats, sur la poitrine des champions. Il fallut attendre 1960, à Rome, pour voir les médailles passées autour du cou du vainqueur. De nos jours, la taille, la forme et la composition des médailles olympiques sont codifiées par le CIO. Ainsi la médaille d’or doit être composée… d’argent et enduite d’au moins 6 grammes d’or pur. L’origine de l’expression médaille en chocolat, pour le quatrième, reste obscure. Mais si l’on en croit, Claude Duneton et Sylvie Claval, auteurs d’un Bouquet des expressions imagées (Robert Laffont), elle serait un dérivé de la vieille expression médaille des Pays-Bas qui désignait… un étron. En d’autres termes, une médaille en chocolat, par analogie à sa couleur, ne serait qu’une médaille de m..de, n’en déplaise à nos illustres chocolatiers !