Handicap

Georges Pop  |  Les Jeux paralympiques de PyeongChang se sont achevés le 18 mars dernier dans une relative indifférence. Faut-il s’en étonner? Ils ont néanmoins eu le mérite de réunir de très estimables sportifs en situation de handicap venus du monde entier.  Voilà – comme d’ailleurs la disparition du génial astrophysicien Stephen Hawking – qui nous offre un bon prétexte pour nous pencher sur le mot handicap qui n’est entré formellement dans la langue française, dans le sens médico-social qu’on lui connaît, qu’au milieu du 20e siècle. Ses origines sont pour le moins singulières. Il y a fort longtemps, les Anglais pratiquaient un jeu de troc intitulé hand in cap, littéralement la main dans le chapeau. Ce jeu mettait en présence deux quidams désirant échanger des objets ainsi qu’un arbitre. Tous trois devaient mettre une somme forfaitaire dans un chapeau. Si le troc était jugé déséquilibré, le médiateur pouvait demander au joueur proposant l’objet de moindre valeur de compléter le montant. Lorsque l’échange se faisait, l’éventuelle différence était payée, les objets étaient échangés et l’arbitre percevait le forfait, les règles de la partie stipulant que l’équité avait été atteinte. Si les deux troqueurs étaient en désaccord, les objets n’étaient pas échangés et le médiateur, pour sa peine, empochait le forfait. Enfin, si un seul joueur était d’accord et que l’autre ne l’était pas, les objets n’étaient pas échangés, et c’est le joueur qui avait accepté l’évaluation qui encaissait l’oseille du chapeau. La phonétique aidant, hand in cap se simplifia progressivement en handicap. Le terme entra alors dans le langage sportif, celui des courses hippiques et du golf, pour définir une difficulté supplémentaire imposée aux meilleurs chevaux ou aux golfeurs les plus habiles pour rendre la course ou le match équitable. Hé! Le fair-play n’est-il pas aussi une invention anglaise? En français, handicap fit son apparition dès le 19e siècle pour désigner une entrave ou une gêne. Puis le mot prit sa connotation actuelle dans les années cinquante. On notera encore que l’auteur anglais Reg Smythe s’est inspiré de handicap pour nommer Andy Capp son célèbre anti-héros de bande-dessinée. Ce personnage à casquette incarnait un chômeur anglais, allergique au travail, amateur de cri-cket, de courses de pigeons, de siestes et de mufflées. Lorsque Reg Smythe mourut en 1998, les gags de son pilier de pub, authentique handicapé social, avaient été publiés par 1700 quotidiens de plus de 50 pays, traduits en 14 langues et lus par plus de 250 millions de personnes. On peut admirer une statue de l’illustre fainéant Andy Capp au centre de Hartlepool, ville natale de son défunt papa.