La petite histoire des mots – Femme

Georges Pop | Les milieux féministes et de gauche appellent à une grève générale des femmes le 14 juin prochain pour faire valoir des revendications certainement légitimes comme l’égalité des salaires, le partage des tâches, l’abolition des comportements, des harcèlements et des violences sexistes, etc..  Le mot «femme» – comme le mot «homme» au demeurant – est tellement banal dans le langage courant qu’on ne sait généralement pas qu’il est, de par sa nature même, très connoté dans un sens disons plutôt… phallocentrique! Le mot «femme» nous vient en effet du grec «φυομαι» (phuomai) qui définit «ce qui naît» et qui a donné le latin «femina» étroitement associé au verbe «feo» – qui veut dire «engendrer» – et des mots «fetus» ou «fœtus» dont la langue française a hérité et qui voulait dire «celle qui porte le fruit de la fécondation». Eh oui! Le mot lui-même réduit la femme à un rôle de procréation. Petite consolation: l’étymologie misogyne de «femme» au sens de «fe-minus», qui signifie de «foi moindre» est aujourd’hui rejetée par tous les linguistes. Cette étymologie mensongère et malveillante à l’endroit du sexe dit «faible» fut avancée dans le «Marteau des sorcières» (Malleus Maleficarum), un recueil écrit par des moines dominicains en 1486 dans le but de légitimer la prétendue bassesse de la femme, créature imparfaite fabriquée avec une côte du premier homme; destinée à la seule procréation et capable de se transformer en sorcière destinée à être brûlée vive sur un bûcher si reconnue comme telle. Il est irrécusable que les grandes religions monothéistes se sont employées – et s’emploient encore à des degrés divers – à exposer la femme comme une subordonnée de l’homme, potentiellement lubrique et affectée par le divin à la seule reproduction; condition incarnée – par exemple en islam – par certains attributs vestimentaires présentés hypocritement comme d’inoffensifs symboles d’affiliation religieuse. Les linguistes attribuent généralement l’invention du mot «féminisme» à… un homme: Charles Fourier, un philosophe français né à Besançon en 1772 et considéré par Karl Marx comme un précurseur du socialisme. Ce penseur fécond est l’auteur de nombreux néologismes sociaux et le terme «féminisme» exprimait pour lui l’absolue nécessité pour la femme de s’émanciper de la domination masculine en abattant leur subordination légale aux hommes; ce qui prendra plus de deux siècles dans les pays les moins misogynes. Et le processus est très loin d’être achevé à l’échelle de la planète! On notera encore pour l’anecdote qu’Alexandre Dumas fils a de son côté utilisé le mot «féminisme» dans un sens plutôt bizarre vers la fin du 19e siècle pour définir un supposé arrêt du développement de l’homme vers l’adolescence qui lui donnerait certains attributs de la féminité. Question: quel est le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes? Réponse: la Nouvelle-Zélande en 1893. En Suisse, la démocratie directe ayant longtemps été monopolisée par les hommes, il fallut attendre jusqu’en 1971… Une vergogne nationale!