Dopage

Georges Pop  |  La semaine dernière, le comité international olympique (CIO) a levé la suspension du comité olympique russe, effective depuis décembre en raison du scandale de dopage institutionnalisé en Russie. Le mot dopage n’a fait son apparition dans la langue française qu’au tout début du 20e siècle pour définir une pratique qui consiste à absorber des substances chimiques ou avoir recours à des stratagèmes médicaux pour fouetter ses performances physiques ou mentales. Le mot est assez curieux et il existe plusieurs hypothèses sur son origine. La plus vraisemblable est la suivante : dopage serait un dérivé de dop, terme qui, il y a deux siècles en Afrique du sud, désignait une boisson peu ragoûtante mais fortement alcoolisée à base de peau de raisin que les guerriers zoulous picolaient en grande quantité. Ils entraient ainsi en transes pour invoquer les esprits ou se donner du courage pour partir à la guerre. Ce terme aurait progressivement été adopté par les blancs, les Boers et les colons anglais, qui ne crachaient pas dans leur verre, pour étiqueter toute une gamme de boissons étourdissantes. Puis ce sont les opiomanes qui, à leur tour, empruntèrent ce mot pour les boulettes d’opium qu’ils faisaient brûler dans leur pipe et s’anesthésier béatement. Le mot dope est d’ailleurs toujours synonyme de drogue, came ou stupéfiant. Sous sa forme anglaise de doping, le mot finit par entrer dans le vocabulaire des courses hippiques pour définir la pratique de certains entraîneurs véreux qui donnaient à leurs chevaux des substances prohibées pour leur faire gagner des courses. Le mot doping passa ensuite du cheval à l’homme et on le remarque en français dès 1903. Mais la lutte contre le franglais ne datant pas d’hier, un comité français du langage scientifique imposa en 1958 la francisation de doping en dopage. C’est d’ailleurs dans les années cinquante que la pratique du dopage commença vraiment à se professionnaliser dans de nombreux sports. Selon certains historiens français du sport, le premier cas moderne avéré de mort pour cause de dopage revient à un cycliste anglais du nom d’Arthur Linton mort en 1896 après avoir absorbé une mixture peu digeste. Les Anglais réfutent cependant cette accusation qu’ils attribuent à une malveillance française et affirment que leur probe cycliste a succombé à une fièvre typhoïde. Le fait demeure que la pratique du dopage existe depuis des temps immémoriaux. Dans l’antiquité, à Olympie, un juge était chargé de renifler l’haleine des athlètes pour confondre les tricheurs. A l’époque, la lutte antidopage se faisait… au pif !