La petite histoire des mots

Tennis

Georges Pop  |  Les Internationaux de France de tennis se sont amorcés dimanche dernier, à la plus grande joie des nombreux passionnés qui, dès qu’ils le peuvent, s’agglutinent devant leurs écrans comme des mouches pour suivre les rencontres en direct ou en différé. Roland-Garros est le plus récent des tournois du Grand Chelem. Il a été créé en 1925 et a succédé à un modeste Championnat de France de tennis inauguré 29 ans plus tôt. C’est à juste titre que l’on attribue l’invention du tennis aux Anglais. Mais son ancêtre direct était français. Il s’agit du jeu de paume au cours duquel, déjà au Moyen-Age, l’échange de balles se pratiquait à mains nues ou gantées ou encore avec un battoir en bois, aïeul de la raquette dont les premiers prototypes très rustiques n’apparaîtront qu’au 16e siècle. L’histoire nous enseigne que le jeu de paume fut introduit en Angleterre au 15e siècle par le duc d’Orléans. Fait prisonnier après la bataille d’Azincourt en 1415, ce prince resta captif pendant deux décennies chez l’ennemi anglais. Il tua le temps en composant des centaines de chansons (récits décasyllabiques), de rondeaux et de ballades et se défoula en initiant ses geôliers au jeu de paume. Il fallut cependant attendre quatre siècles avant que le tennis ne prenne sa forme contemporaine. Mais son nom est un héritage direct de la pratique du jeu de paume. En France, il était en effet d’usage de crier Tenez ! avant de lancer la balle à l’adversaire. Avec le savoureux accent qui distingue ceux que les Français appellent parfois des Roastbeefs, le mot s’est progressivement transformé en teneys puis en tennis. Autre curiosité sémantique : l’expression gagner le Grand Chelem, qui traduit la conquête consécutive dans la même année des quatre grands tournois du tennis mondial, autrement dit l’Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open, ne vient pas du monde des sports mais de celui des cartes. Chez les joueurs de bridge et de whist, dans les pays anglo-saxons, réaliser un grand slam  (association du français grand et du verbe to slam qu’il faut traduire par écraser) consiste à faire tous les plis ou levées au cours d’une partie. Grand Chelem n’est donc en français que l’adaptation phonétique d’une expression anglaise qui veut dire littéralement faire un grand coup. Quant à Roland Garros qui a donné son nom au célèbre complexe tennistique parisien, il n’était pas un as de la raquette mais… du manche à balais. Il est passé à la postérité en 1913 pour avoir accompli la première traversée aérienne de la Méditerranée, entre Fréjus en France et Bizerte en Tunisie, en 7 heures et 53 minutes à une vitesse moyenne de 101 kilomètres à l’heure. Pendant la première guerre mondiale, il mit au point un dispositif permettant à une mitrailleuse installée à l’avant de son avion de tirer à travers le champ de rotation de l’hélice, ce qui lui permis d’abattre plusieurs ennemis. Il fut tué en 1918 lors d’un combat aérien. Quel rapport avec le tennis ? Aucun !  Si ce n’est que l’homme qui fut chargé de la construction du nouveau stade en 1928 était un ami très cher du défunt pilote. Il aurait déclaré aux autres responsables du projet : « je ne sortirai pas un sou de mes caisses si on ne donne pas à ce stade le nom de mon ami Garros. » Et voilà !