La petite histoire des mots

Cinéma

Georges Pop | Il était l’un des derniers monstres sacrés d’Hollywood. L’acteur américain Kirk Douglas, est mort la semaine dernière à l’âge canonique de 103 ans. Il était entré dans la légende du cinéma avec des films tels que « Les Sentiers de la gloire » ou « Spartacus ». Voilà qui nous amène au mot « cinéma » dont on attribue trop souvent encore la paternité aux frères Auguste et Louis Lumière qui, contrairement à une idée largement répandue, n’ont pas réalisé les premiers films du cinéma, mais la première projection collective gratuite de films photographiques sur grand écran. C’était le 22 mars 1895. Le mot « cinématographe », issu des mots grecs « κίνημα » (kínēma), qui veut dire « mouvement », et « γράφειν » (gráphein), qui signifie « écriture », est, à l’origine, le nom d’un appareil de projection conçu par l’inventeur français Thomas Léon Bouly, dont le brevet fut déposé en 1892. Deux exemplaires de cet appareil sont d’ailleurs conservés aujourd’hui encore au Musée des arts et métiers à Paris. Orthographié « cynématographe » lors du dépôt de brevet, le nom de cet appareil destiné à « l’analyse et la synthèse des mouvements » fut modifié en « cinématographe » par son inventeur, une année plus tard. Passablement fauché, Thomas Léon Bouly négligea de payer les redevances de son brevet. C’est ainsi que le mot « cinématographe » devint disponible, dès 1894. Il aurait pu tomber dans l’oubli, comme le nom de Bouly qui fut longtemps ignoré – même par les spécialistes du 7e art – si les frères Lumière n’avaient pas, en 1895, sauté sur l’occasion pour s’en emparer et déposer sous cette appellation le brevet de leur propre invention, plus performante que celle de Bouly. Relevons encore qu’en 1891, l’Américain Thomas Edison avait nommé « Kinétographe » un appareil de prise de vues animées de son invention qui permit la réalisation des tout premiers films, la même année. Le mot « Kinétographe » a servi d’ailleurs de base pour désigner le cinéma dans d’autres langue que le français ; par exemple « Kino » en allemand. Dans la langue de Molière, le mot « cinématographe » a fini par s’abréger en « cinéma », voire en « ciné » et même se transformer familièrement en « cinoche ». De nos jours ce terme peut tout aussi bien s’appliquer au 7e art, à la technique cinématographique ou encore à la salle où les films sont projetés. L’expression « se faire son cinéma » signifie fantasmer sur une situation, alors que « faire tout un cinéma » veut dire dramatiser. Notons encore que le mot « film » a été lui emprunté à l’anglais dès la fin du XIXe siècle pour désigner la bande de pellicule développée qui constituait, avant le numérique, le support matériel d’une œuvre cinématographique. Il s’applique aussi désormais aux œuvres cinématographiques proprement dites. Alors que la télévision concurrence cruellement les cinémas de quartier qui sont en voie de disparition, au profit des multiplexes, offrons au cinéaste Jean-Luc Godard la conclusion de cette chronique : « La télévision fabrique de l’oubli, le cinéma fabrique des souvenirs ».