Pollution

Georges Pop  |  Que du bonheur pour la marche de l’humanité vers son épanouissement : vers la fin avril, nous avons appris qu’actuellement sur la petite boule bleue qui nous est confiée, 9 personnes sur dix respirent un air pollué ce qui entraîne la mort, chaque année, de 7 millions d’individus. Des chiffres réconfortants affichés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Quelques jours plus tôt, ce sont des chercheurs de l’Université de Genève qui avaient fait savoir aux braves Helvètes épris d’hygiène que nous sommes qu’ils avaient décelé la présence fréquente de cadmium, de mercure et de plomb dans les abondants déchets plastiques collectés sur les plages du lac Léman. Quant aux amateurs de produits de la mer, ils auront sans doute été bien aise de découvrir, grâce aux recherches de l’université de Gand, en Belgique, qu’ils ingèrent annuellement entre 2000 et 11’000 fragments de plastique présents dans les moules, les huîtres et autres fruits de mer; raclures toxiques dont se gavent désormais bien malgré elles toutes les bestioles, petites ou grandes, des mers et des océans, notamment celles qui finissent dans nos estomacs. Beurk ! Difficile décidément d’échapper au mot pollution, à moins de s’interdire d’ouvrir un journal, allumer une radio, regarder la télé, naviguer sur les réseaux sociaux ou de se barricader peut-être dans le salon ovale de la Maison Blanche. Ce n’est qu’au milieu du 20e siècle que le mot pollution a pris le sens qu’on lui connaît aujourd’hui. Le terme nous vient tout simplement du latin polluere qui voulait dire profaner, au sens religieux, mais aussi salir quelque chose en le mouillant. En français, le mot a été réhabilité dans le langage médical au 19e siècle pour désigner les pollutions nocturnes des adolescents et des hommes adultes, autrement dit les éjaculations involontaires qui souillent draps et pyjamas. Ce phénomène physiologique appelé aussi émission nocturne ou rêve mouillé (traduction de l’anglais : wet dream) n’a rien d’anormal. La Faculté nous enseigne qu’à l’adolescence, chez les garçons (fallait-il le préciser ?), la forte production de spermatozoïdes provoque cette évacuation mécanique qui peut parfois se manifester plusieurs fois par nuit. Chez l’homme adulte, les rêves érotiques pendant le sommeil paradoxal peuvent avoir les mêmes incidences humides, même chez les individus les plus chastes. Il est plaisant de relever qu’au temps de la monarchie, en France, les draps des jeunes rois étaient méthodiquement scrutés. Lors de sa première pollution nocturne, il était d’usage de dire que le jeune souverain avait dessiné une carte de France dans son alcôve et qu’il était dès lors prêt à donner un héritier à la couronne. Bien que tombée aujourd’hui en désuétude, l’expression carte de France est encore en usage de nos jours chez nos voisins tricolores les plus versés dans le vocabulaire traditionnel. Avec la prise de conscience des menaces que font courir à notre environnement toutes les déjections solides, gazeuses ou liquides des activités humaines, le mot pollution a donc fini par quitter la literie des adolescents et des adultes aux rêves polissons pour s’accrocher aux souillures de l’air, de l’eau et des sols. Mais là, malheureusement, une simple lessive n’y suffit plus!