La petite histoire des mots

Train

Georges Pop. |. A la fin du mois d’octobre, les CFF ont annoncé leur intention de prendre des mesures pour améliorer la ponctualité de leurs trains, dès le 15 décembre prochain, avec l’introduction du nouvel horaire. Il est vrai qu’actuellement, entre 125’000 et 300’000 usagers des chemins de fer suisses arrivent en retard à leur destination. L’occasion est trop belle pour ne pas relever que le mot « train » est un substantif dérivé du verbe « traîner », qui a aussi pris de nos jours le sens de s’éterniser ou de lambiner et d’où nous viennent aussi les verbes traînasser et traînailler. « Traîner » est issu du latin « trahere » qui veut dire « tirer après soi ». En vieux français, lorsqu’on parlait de « traïn », issu du verbe « traïner », le mot pouvait désigner un traîneau – terme appartenant à la même famille sémantique – et toute une série de systèmes de traînes fluviaux ou de surface. Un « traïn » pouvait alors être un convoi de radeaux ou de bateaux de transport attachées les uns aux autres et tirés par halage humain ou animal ou par un bateau plus grand. Un « traïn » pouvait encore être un attelage de plusieurs chevaux de bât tirant un convoi de chariots et même une suite ordonnée d’hommes et de bêtes de charge accompagnant une personnalité importante en déplacement. L’expression « en train (de) » nous vient d’ailleurs du 15e siècle et signifiait déjà « en action » ou « en mouvement ». De nos jours le mot « train » désigne surtout un convoi de chemin de fer. Pour en arriver là, il a fallu que le vieux mot « traïn » transite par la langue anglaise, avant de revenir à la française, au cours du 19e siècle. C’est en effet en 1804, au Pays de Galles, que fut testée sur des rails la première locomotive à vapeur imaginée par l’ingénieur anglais Richard Trevitchick. Pour désigner un peu plus tard les convois de chemin de fer, la langue de Shakespeare adopta le mot « train », emprunté au français mais débarrassé de son tréma et prononcé tout naturellement avec l’accent anglo-saxon (tréïn). Lorsque le chemin de fer arriva en France, le mot fut adopté tel quel avec la prononciation qu’on lui connaît désormais, les francophones de l’époque – comme nombre de contemporains – étant peu capables de reproduire l’accent anglais. Il est cocasse de relever que le mot « terminus », introduit à la même époque pour définir la fin d’une ligne ferroviaire est quant à lui d’essence divine ! En latin, terminus désignait certes une borne ou une limite mais surtout le nom vénéré du dieu gardien des bornes. Les Romains excellaient dans l’arpentage et le bornage. Les bornes romaines ayant aussi un caractère religieux, les Romains leur attribuèrent un dieu protecteur, sans doute déjà vers le 8e ou le 7e siècle av. J.-C. Fils de Jupiter, le dieu Terminus (appelé aussi Terme en français) était le plus souvent représenté sans bras, ni jambes car il incarnait l’inamovibilité. Jamais il ne devait bouger de la place qui lui était attribué. Etait-il cul-de-jatte ? Peut-être ! Mais la mythologie latine ne nous donne aucune précision sur ce point. Selon la légende, lorsque les Romains décidèrent d’élever un temple à la gloire de Jupiter sur la colline du Capitole, les statues de toutes les autres divinités furent prestement délogées pour laisser la place au tout-puissant souverain de la terre et du ciel. Tous… sauf Terminus car le déménager aurait constitué un grave sacrilège.