La petite histoire des mots

Pot-de-vin

Georges Pot. |. Les récentes «affaires» qui éclaboussent le Conseil d’Etat genevois et deux de ses élus appellent la justice à distinguer entre un don licite, qu’il soit en nature ou en espèces, et une faveur frauduleuse, autrement dit un «pot-de-vin». Il ne nous appartient pas ici de nous substituer à la justice pour nommer des coupables ou disculper des politiciens vertueux. En revanche, l’occasion peut être saisie pour se pencher sur l’origine de ce mot composé qui n’a pas toujours eu la connotation négative qu’on lui connaît de nos jours. En effet, dès la fin du 15e siècle et le début de 16e, un pot-de-vin désignait tout simplement un cadeau ou une somme d’argent que l’on offrait en supplément du prix convenu dans un marché. Rien d’illégal ou de délictueux! En France ou en Suisse, aujourd’hui comme hier, «offrir un verre» a toujours été la manière la plus appréciée de remercier quelqu’un pour ses services.  Cette tradition pourrait, pense-t-on, venir de Bourgogne, pays de vignes, où les ducs recevaient leurs invités en leur offrant au sens littéral un pot de vin, la bouteille en verre étant encore en ce temps-là un produit rare et très onéreux. Ce n’est que vers la fin du 19e et le début du 20e que le terme s’imprégna progressivement d’un sens dépréciatif et pris le sens de dessous-de-table, de bakchich (mot emprunté au 19e siècle au persan passé à l’arabe), d’arrosage ou de matabiche (mot emprunté à l’argot des colons portugais d’Angola). Aujourd’hui, c’est le mot «pourboire» qui sert à désigner une probe gratification, notamment dans la restauration. Le terme était déjà présent au 17e siècle pour définir une petite libéralité. Mais la coutume qui consiste à récompenser un tavernier ou un serveur en lui offrant quelques sous nous vient, paraît-il, d’Angleterre. Au 18e siècle, un bistrotier d’Outre-Manche installa sur son comptoir un récipient avec l’inscription «To Insure Promptness» (pour assurer la rapidité). Les clients pressés étaient invités à y mettre une pièce avec l’assurance d’être servis sans délai. Les initiales de cette inscription finirent par entrer dans la langue de Shakespeare le mot «tip» voulant désormais dire pourboire en anglais. La pratique du pourboire se répandit en France un siècle plus tard avant de conquérir le Vieux Continent. On notera encore qu’en allemand le pourboire se dit «trinkgeld», ce qui veut dire «argent pour boire». La tradition du pourboire n’est cependant pas universelle. Si vous offrez, par exemple, un pourboire à un serveur japonais dans son pays, il pourrait être offensé, pensant que vous le considérez dans le besoin car mal rétribué. Pour en revenir aux pots-de-vin, l’organisation Transparency International a établi un classement des pays les plus corrompus. La palme revient à la Somalie, au Sud-Soudan et à la Syrie. Les «moins» corrompus sont la Nouvelle-Zélande, les pays nordiques et la Suisse. Mais il convient de bien saisir la nuance entre les adverbes «moins» et «pas» qui laissent une marge d’interprétation! N’est-ce pas…?