La petite histoire des mots

Loterie

Georges Pop. |. Dommage!l ne sera bientôt plus possible d’acheter le moindre Tribolo dans un bureau de poste. L’ancienne régie fédérale, en constante réduction de ses prestations, a brutalement décidé d’interrompre son partenariat avec la Loterie romande et son équivalent alémanique Swisslos, pour cause – officiellement – de rendement insuffisant. Voilà qui nous amène au mot «loterie» dont l’origine est quelque peu embrouillée. Le terme est évidemment un dérivé de «lot», apparu en français dès le 12e siècle, qui désigne une part de ce qui est partagé entre plusieurs personnes que ce soit lors d’un héritage ou d’un tirage au sort. Selon la plupart des linguistes, «lot» serait issu du vieux germanique «hlauts» qui a donné en allemand «los» et en anglais «lot», mots qui veulent dire… sort ou destin! D’autres, très minoritaires cependant, prétendent que loterie est un dérivé de l’italien «lotta» (lutte), parce qu›on s’y bat avec la chance et avec un nombre infini de concurrents; une explication sans doute plus poétique que tangible. Pourtant, il semble que l’italien soit bien à l’origine du mot «loto» car au 16e siècle, à Florence, le «lotto», terme emprunté… au français «lot», désignait un impôt extraordinaire dont la perception se faisait au moyen d’un jeu de hasard obligatoire. «Loto» serait donc le résultat d’un singulier ricochet linguistique entre la France et l’Italie. Pour en revenir à «loterie», le mot est avéré dans la langue française dès la première moitié du 16e siècle, certes dérivés de «lot» mais emprunté vraisemblablement cette fois à l’allemand ou au néerlandais, pour désigner un jeu de hasard où le tirage au sort de numéros gagnants permet de gagner des lots. Joli méli-mélo étymologique! L’histoire des loteries est tout aussi étoffée: nées en Chine, courantes dans l’antiquité romaine lors des fêtes religieuses, elles furent bannies par le christianisme avant de ressusciter sous des formes diverses en Italie pendant la Renaissance; à Gênes, notamment où l’on commença à parier sur les noms des membres du gouvernement de la cité qui étaient tirés au sort tous les six mois. C’est le roi François Ier qui introduisit la première loterie d’Etat en France après la campagne d’Italie pour remplir les caisses royales. Quant à la Loterie romande dont on a parlé plus haut, elle a été créée en 1937 par les cantons de Vaud, Fribourg, Valais, Neuchâtel et Genève, auxquels le Jura s’est associé en 1979. Saviez-vous qu’en 1978, la Loterie romande fut la première à introduire un billet à gratter en Europe avec le résultat que l’on sait? Le Tribolo fit, lui, sa première apparition en 1985. Et apparemment, il n’a pas pris une ride. Ah oui! Comment ne pas signaler encore que «loterie» définit aussi de nos jours tout ce qui est régi par le hasard. Ne dit-on pas que «la vie est une loterie»? On notera encore ce trait d’humour noir de l’auteur canadien Jean Dion qui, se basant sur les statistiques, a dit un jour: «La personne qui achète un billet de loterie le lundi en vue d’un tirage le vendredi a deux fois plus de «chances» de mourir avant le tirage que de gagner le gros lot». Mais sans-doute a-t-il oublié que c’est… l’espoir qui fait vivre. Allez, bonne chance au grattage ou au tirage!