La petite histoire des mots

Vélo

Georges Pop. |. Le Tour de Romandie cycliste 2019 s’est achevé dimanche dernier sur une victoire du Slovène Primoz Roglic. En dépit de la pluie et du retour de l’hiver qui ont perturbé, voire bouleversé certaines étapes, la fidélité du public pour l’épreuve ne s’est pas démentie. L’histoire du vélo a commencé discrètement en 1817 lorsque un noble Souabe, le baron Karl Drais von Sauerbronn, inventa une patinette à deux roue munie d’une selle et d’un guidon très sommaire qu’il baptisa «laufmaschine», autrement dit «machine à courir». Son invention prit aussitôt en français le nom de draisienne, inspiré de celui de son inventeur. Mais lorsque le baron commença à le vendre en France il le baptisa «vélocipède», du latin «velox» (rapide) avec le suffixe «pède» qui fait allusion aux pieds. Vélocipède veut donc dire «pieds rapide» car il faut pousser l’engin à la force de ses jambes, comme une trottinette. Pour que l’engin se transforme en authentique bicyclette fallait-il encore qu’un visionnaire inventa le pédalier. La révolution vint vers 1860 de France où plusieurs bricoleurs se disputèrent âprement la paternité de ce coup de génie. Le serrurier parisien Pierre Michaux ajouta des pédales sur la roue avant d’une draisienne et donna à son engin le nom de «michaudine». Mais ses anciens associés André et Aimé Olivier prétendirent que Michaux leur avait piqué l’idée. De son coté, un fabricant de landaus installé à Nancy du nom de Pierre Lallement créa lui aussi, à la même époque, un cycle muni d’un pédalier. De nos jours encore, chacun de ses inventeurs a ses partisans et ses détracteurs. Le fait demeure que c’est  à cette époque qu’apparut en français le mot «bicyclette» pour désigner ces vélocipèdes à pédales. Ce mot hybride est dérivé de «bicycle» et est composé de la racine latine «bi» (deux) et du mot grec «κύκλος» (kúklos) qui signifie «cercle» ou «rond». Il fut très vite emprunté par l’anglais, langue dans laquelle un vélo se dit «bicycle». Il est en tout cas cocasse de constater que le mot «vélo» est une apocope (action de couper un mot comme «ciné» de «cinéma») de vélocipède qui désignait jadis une draisienne mue en marchant et non une vraie bicyclette à pédalier. Le vélo est devenu tellement populaire qu’on l’affuble de nos jours de surnoms familiers, voire affectueux, tels que clou, biclou, bécane ou encore petite reine. Pour ce dernier surnom, selon une explication contestée mais qui a le mérite de la vraisemblance, c’est après un bref séjour à Paris de la toute jeune reine Wilhelmine des Pays-Bas où la souveraine laissa libre cours à son irrésistible penchant pour le pédalier devant un parterre de journalistes ébahis que la langue française, à la toute fin du 19e siècle,  aurait adopté l’insolite expression «petite reine» pour désigner le vélo. C’est peut-être faux mais il n’en demeure pas moins que, grâce à elle, les Pays-Bas sont aujourd’hui le royaume incontesté des cyclistes.