La petite histoire des mots

Mars

Georges Pop  |  Après sept ans de préparatifs, sept mois de voyage dans l’espace et sept minutes d’incertitude et d’anxiété durant sa délicate descente, la sonde américaine «Insight» s’est finalement posée en douceur sur le sol martien le 26 novembre dernier. Le principal objectif de la mission sera d’en apprendre plus sur la structure interne de la planète rouge, grâce notamment à un sismomètre conçu en France à la réalisation duquel a contribué l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Mais pourquoi diable la troisième planète de notre système solaire porte-t-elle le nom de « Mars » ? Eh bien ce sont les Romains qui nous ont légué les noms des planètes visibles à l’œil nu. Ils avaient remarqué la couleur rougeâtre de l’astre, y ont vu comme des traces de sang, et lui ont donc donné le nom de leur dieu de la guerre. Dans la mythologie romaine, Mars était considéré comme l’un des trois dieux les plus importants avec Jupiter, le roi des dieux et Quirinus, le patron d’une des trois tribus qui fondèrent la cité. Mars était encore honoré en tant que père de Romulus et Rémus et protecteur de la fertilité et de la culture. Son prestige et sa puissance étaient tels que les Romains donnèrent aussi son nom au premier mois de l’année: le mois de mars qui coïncidait avec le retour d’un temps plus clément, favorable à la reprise des activités guerrières interrompues pendant la mauvaise saison. Hé oui! Au temps de la République, «Martius mensis» le mois de mars marquait le début de l’année; raison pour laquelle nous parlons aujourd’hui encore du mois d’octobre (le huitième), de novembre (le neuvième) et de décembre (le dixième). C’est à l’initiative de Jules César, en 45 av. J.-C., que les mois prirent la disposition que nous leur connaissons aujourd’hui afin, notamment, de mieux correspondre au cycle solaire. La planète rouge, quant à elle, a toujours fasciné les Terriens. On sait aujourd’hui que les fameux canaux de Mars n’étaient qu’une simple illusion d’optique. Munis de télescopes peu fiables, les astronomes du 18e et du 19e siècle contribuèrent à forger cette légende. L’Italien Giovanni Virginio Schiaparelli fut l’un de ceux-là. En 1877, il affirma avoir vu des «canali» sur la surface de Mars. Or ce mot, en italien, désigne aussi bien des chenaux naturels que des constructions artificielles. Il n’en fallut guère plus pour lancer la vogue des Martiens bâtisseurs de canaux cyclopéens pour arroser le sol aride de leur planète. C’est dans ce contexte fantasmé que l’écrivain britannique H.G. Wells publia en 1898 son chef-d’œuvre «La Guerre des Mondes» (The War of the Worlds). L’histoire a fait l’objet d’un célèbre feuilleton radiophonique en 1938 et de quatre adaptations cinématographiques dont la plus récente date de 2005. D’innombrables films, romans ou bandes dessinées se sont inspirées de ce roman qui raconte l’invasion de la Terre par des créatures tentaculaires venues de Mars à bord de vaisseaux spatiaux cylindriques et qui entreprennent d’exterminer l’humanité pour s’approprier une planète vivante. Apparemment invincibles, ils finissent par succomber aux microbes terriens contre lesquels ils ne sont pas immunisés. Il est cocasse de noter qu’aujourd’hui ce sont les Terriens qui tentent de trouver la trace de microbes martiens sur la planète rouge; la preuve irréfutable que la vie peut se développer ailleurs que sur la Terre…