La petite histoire des mots

Musée

Georges Pop  |  «Il n’est pas de futur sans passé (…) » ; cette réflexion revient à la poétesse et romancière américaine Siri Hustvedt dans son best-seller « Un été sans les hommes », paru en 2011. D’autres penseurs, à d’autres époques, ont dit la même chose dans une énonciation à peine différente. Ces considérations sur les poids de l’histoire nous éclairent aujourd’hui sur l’étendue du désastre de mémoire qui a frappé le Brésil à la suite de la destruction par le feu, la semaine dernière, du vénérable musée de Rio de Janeiro, laissé à l’abandon par les autorités, où tout un pan de l’histoire du continent sud-américain est parti en fumée en même temps que des dizaines de milliers de documents irremplaçables et un nombre incommensurables de trésors archéologiques. Le mot « musée » a souvent une consonance péjorative car certains l’associent à un endroit sclérosé et poussiéreux ce qui de nos jours ne correspond que rarement à la réalité. Ce mot a pourtant une ascendance plutôt joyeuse puisqu’il se rapporte aux neuf muses de la mythologie grecque, ces divinités secondaires vues par les anciens comme des médiatrices entre les dieux et le monde humain des arts. A l’origine de « musée » se trouve en effet le mot grec « μουσείον » (mouseîon), qui voulait dire « Palais des muses » ; nom que portait jadis l’ancêtre de tous les musées passés ou contemporains. Cette académie antique, dont la célèbre bibliothèque n’était qu’une annexe, avait été bâtie dans la cité d’Alexandrie vers 290 av. J.-C. par Ptolémée Ier, l’un des successeurs d’Alexandre le Grand, fondateur de la dynastie grecque des Lagides dont la reine Cléopâtre est la représentante la plus illustre. Son but ? Attirer à Alexandrie les plus grands artistes et savants de son époque pour faire resplendir la culture hellénique à travers tout le monde antique ; dessein qui fut réalisé puisque la cité devint le plus grand centre culturel et scientifique de son temps. Le mot « musée » fut repris en Italie plus tard, à la Renaissance, sous sa forme latine de « museum » pour désigner un lieu dédié aux muses où les princes-mécènes italiens exposaient les œuvres d’art, notamment les peintures, qu’ils se targuaient de rassembler. Le musée Rath de Genève, consacré aux beaux-arts, fut le premier en Suisse à ouvrir ses portes au public. Bâti sur la place Neuve, entre 1819 et 1826, il porte le nom de Jeanne Françoise et Jeanne Henriette Rath, héritières de leur frère, le général Simon Rath, qui s’était mis au service de la Russie et dont une partie de la fortune fut attribué à la construction de cet édifice néo-classique. De nos jours, la Suisse compte plus de 1100 musées petits et grands qui jouissent, pour bon nombre d’entre eux, du soutien de l’Etat et qui accueillent chaque année plus de 13 millions de visiteurs, indigènes ou étrangers. En Suisse romande, l’établissement le plus prisé reste sans conteste la Maison Cailler à Broc en Gruyère dans le canton de Fribourg. Les excursionnistes y découvrent l’histoire du cacao à travers les siècles mais aussi celle du lait à la faveur de nombreuses anecdotes ; ce qui prouve bien que l’amour des Suisses pour le chocolat, de préférence au lait, n’est ni un mythe, ni un lieu commun.