La petite histoire des mots

Racisme

Georges Pop |  Les manifestations parfois féroces de la droite radicale contre les étrangers et les réfugiés qui ont agité Chemnitz et d’autres villes de l’ex-Allemagne de l’est ont fait ressurgir dans les médias et les réseaux sociaux, parfois sans distinction, des mots tels que «racisme» et «xénophobie». Ces deux termes ont certes un point commun : ils sont survenus depuis peu dans la langue française. Pourtant, ils ne sont pas synonymes comme certains semblent parfois le penser ou le laissent croire. La xénophobie exprime assurément une hostilité systématique à l’endroit des étrangers mais elle n’est pas expressément nourrie d’une insane idéologie raciale, à la différence du racisme qui, lui, s’appuie sur la conviction, évidemment aberrante, qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, selon leur «race». De tout temps, il est vrai, des peuples assurés de leur primauté en ont assujetti voire asservi d’autres. Mais les doctrines raciales ne sont, elles, apparues qu’au 19e siècle sous la plume de l’écrivain français Joseph Arthur de Gobineau dont l’«Essai sur l’inégalité des races humaines», paru en 1853, prétendait établir l’existence de races aux facultés cognitives distinctes. Cet ouvrage fut le germe de toutes les idéologies racistes du 20e siècle, le nazisme inclus. Les étymologistes se perdent en conjectures sur l’origine du mot «race». Les uns le rattachent au latin «ratio» (calcul, évaluation, etc.) qui a donné l’italien «razza» qui, au 15e siècle s’appliquait au tri des chevaux selon leur lignage ; mot apparenté au vieux français «rasse». D’autres y voient une évolution du latin «radix» (racine) et un troisième groupe l’apparente de son côté à l’arabe «ras» qui veut dire «tête». Mais aucune de ces explications ne fait l’unanimité. Une certitude cependant : le mot «raciste» ne fut utilisé la première fois qu’en 1894 par l’écrivain antisémite français Edouard Drumont, avant de se répandre dans les années trente. Le mot «xénophobie» est lui d’extraction encore plus récente. Il a été forgé de toutes pièces en 1900 par l’immense écrivain français Anatole France – gratifié vingt-et-un ans plus tard d’un prix Nobel de littérature – en accouplant les mots grecs «ξένος» (xénos = étranger) et «φόβος» (phóbos = peur, effroi). Le mot apparaît pour la première fois dans un ouvrage intitulé «Monsieur Bergeret à Paris» où l’auteur tourne en bourrique les démagogues qui instrumentalisaient la crainte des étrangers. Le terme fut définitivement adopté en 1904 par le Larousse. Dans son étude intitulée «Rejet des exilés – Le grand retournement du droit de l’asile», le sociologue Jérôme Valluy a donné en 2009 la définition suivante de la xénophobie : «Ensemble des discours et des actes tendant à désigner de façon injustifiée l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil et à le tenir à l’écart de cette société, que l’étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans cette société ou encore depuis longtemps installé». Le journaliste Edwy Plenel, connu pour ses sympathies de gauche, a, quant à lui, récemment, écrit ceci : «Racisme et xénophobie ne sont pas de génération spontanée, mais le produit d’une politique qui s’y abandonne». Libre à chacun de le croire … ou pas!