Chocolat

Georges Pop  |  Le temps de Pâques est une période bénie pour les industriels et les artisans du cacao qui, rien qu’en Suisse, en profitent pour écouler des dizaines de millions d’œufs, de canards et surtout de lapins en chocolat. Voilà qui nous amène à l’origine du mot chocolat auquel les philologues accordent sans hésitation une ascendance précolombienne. Lorsque les Espagnols débarquèrent au Nouveau Monde à la fin du 15e siècle puis au début du 16e, ils remarquèrent que les nobles Aztèques se régalaient d’une boisson appelée xocolatl. Le mot en nahuatl, la langue des Aztèques, voulait dire eau amère. Vraiment trop amère d’ailleurs au goût des Ibères qui la trouvèrent absolument à vomir. Ce breuvage était issu de la macération d’étranges fèves en forme de calebasse auxquelles les indigènes prêtaient une filiation divine; raison pour laquelle ils s’en servaient aussi comme monnaie d’échange. Les Espagnols dédaignèrent longtemps ces fèves appelées cacahuatl, terme dont découle notre cacao. Insigne honneur, lors de son premier voyage outre-Atlantique, Christophe Colomb reçut en guise de présent des fèves de cacao de la part d’une tribu autochtone. Interloqué, il crut qu’il s’agissait de crottes de chèvres, en eut le cœur soulevé et s’en débarrassa en les jetant grossièrement à la mer. C’est le conquistador Herman Cortes qui le premier, quelques décennies plus tard, rapporta des fèves de cacao en Espagne. Les moines de l’Abbaye de la Piedra, près de Saragosse, patients, gourmands et imaginatifs, s’en emparèrent et en tirèrent une boisson crémeuse à laquelle ils ajoutèrent de la vanille et du miel pour la dulcifier et l’adapter aux papilles gustatives de leurs compatriotes. Le succès fut instantané et le breuvage prit le nom de chocolate, vocable mieux adapté aux modulations des gosiers espagnols, puis européens, que l’originel xocolatl. La mode du chocolat et son nom se répandirent ensuite très vite hors de la péninsule ibérique, pour le plus grand malheur des indigènes du Nouveau Monde réduits aussitôt en servitude pour cultiver le cacao, répondre à la demande et faire la fortune des conquérants. De nos jours, les nombreuses vertus du chocolat sont vérifiées. Contrairement à certaines idées reçues, il ne fait pas grossir. Ce sont les malsaines graisses et le sucre que les fabricants industriels y ajoutent qui rendent obèses les gloutons. Certains pensent encore que le chocolat est aphrodisiaque. Il est vrai que le cacao renferme de la phényléthylamine, une hormone du plaisir présente dans notre cerveau et qui contribue à l’orgasme. Mais pour obtenir la moindre incidence sur sa libido, il faudrait en engloutir une telle quantité qu’on s’enverrait plus sûrement aux urgences qu’au septième ciel.