La petite histoire des mots

Bureau

Georges Pop |  Dur, dur d’être au bureau, alors qu’il fait beau et chaud et que certains collègues sont en vacances et qu’il faut attendre son tour ou, pire : qu’on en revient ! C’est assurément le cas de nombreux employés pendant les mois de juillet, août mais aussi septembre, et parfois au-delà. Pour nombre de salariés ou de petits patrons, le mot bureau est synonyme de travail et de besogne souvent rabâchée et quelquefois ingrate. Voyons alors d’où nous vient ce mot aux consonances pour beaucoup rebutantes, à l’exclusion des accrocs au boulot ; ceux qui emportent du travail en vacances, consultent spasmodiquement leur iPhone au bord des piscines ou sur les plages où ne cessent, partout, de pianoter convulsivement sur le petit clavier de leur portable. Avec cette petite question : existe-t-il un lien entre le vêtement grossier d’un vieux moine médiéval ou d’un serf asservi au seigneur du château voisin et la table de travail surmontée d’un ordinateur d’un fonctionnaire zélé ou le moderne plateau ouvert (open space) contemporain d’une startup où s’affairent en blue-jeans et chemise à col ouvert de jeunes diplômés ambitieux ? Eh bien au risque de vous ébahir, la réponse est… oui ! Les moines et les serfs portaient le plus souvent des frusques taillés dans une étoffe de bure, un tissu de laine assez grossier. Or, au Moyen-Age, le mot burel, apparenté à bure, désignait une étoffe grossière que les changeurs de monnaie disposaient sur leurs pupitres pour les protéger des taches d’encre. Le mot a progressivement fini par désigner la table elle-même, puis le local où se faisaient les comptes. De nos jours, le mot bureau, héritier de burel, peut s’assigner à une table, un lieu de travail, voire à l’autorité exécutive d’une association, d’une entreprise ou d’un organisme officiel. Ne parle-t-on pas du bureau politique d’un parti ? Et tout nous vient bien de ce vieux bout de tissu rugueux et maculé d’encre d’autrefois. A propos ! Il n’y a pas de vrai bureau sans secrétariat. Aucune entreprise ou administration un tant soit peu importante ne peut s’en passer. Eh bien le mot secrétariat, comme tous ses dérivés, nous vient lui du latin secretus qui veut dire secret ou caché. Car chez les Romains, le secretarium était un endroit où l’on entreposait, à l’abri des regards indiscrets, les archives et les documents dont le contenu devait rester caché ! Aujourd’hui, le mot secrétaire peut tout à la fois désigner un meuble munis de tiroirs pour y ranger ses documents ou une personne, homme ou femme, chargée d’organiser le travail d’un responsable civil ou politique. Et parmi les qualités indispensables exigées d’un ou d’une bonne secrétaire, il y a nécessairement la discrétion et la déférence à la confidentialité. Pas de place pour une pipelette ou un cancanier !  Pour en revenir au bureau, lieu de travail où certains passent une tranche substantielle de leur existence, les traits d’humour ne manquent pas à son propos. Nous en retiendrons juste deux. Celui d’abord du regretté Coluche qui a déclaré : dans l’administration, on ne doit pas dormir au bureau le matin sinon on ne sait plus quoi faire l’après-midi. Et celui du dessinateur et écrivain américain Scott Adams, qui complète le précédent, et selon qui le patron constitue le plus gros obstacle à l’oisiveté au bureau…