«1917» – La Grande Guerre à l’heure du numérique

«1917» du réalisateur Sam Mendes

Colette Ramsauer | Le cinéaste anglais signe avec «1917» une oeuvre vertigineuse. Il invite son public au spectaculaire des films de la série James Bond que lui-même a réalisés en 2012 (007 Skyfall) et en 2015 (007 Spectre). Cette fois-ci sur un champ de bataille de la Grand Guerre, usant de la technique du plan-séquence pour une immersion totale du spectateur.

6 avril 1917

Le scénario s’inspire des histoires que lui racontait son grand-père, soldat du premier bataillon du corps royal des fusiliers du Roi. Le 6 avril 1917, les sergents britanniques Blake et Schofield en ce jour radieux sont arrachés à une sieste paisible dans un pré vert. Assignés en urgence à une mission quasi impossible, ils ont à affronter une zone périlleuse afin de livrer à quelques kilomètres de là un message à une troupe alliée, laquelle est prête à tomber dans un piège ennemi. Commence alors la course effrénée des deux soldats chevauchant barbelés et cours d’eau, cadavres d’humains et d’animaux, bravant villages en feu, tirs et barrages ennemis. 

Technique époustouflante

Des caméras filment les scènes en continu, en temps réel. Mendes use du long plan-séquence que seul le numérique permet. En 2002 déjà, l’Arche Russe d’Alexandre Sokurov, d’une de durée 96’ pour un seul plan-séquence faisait sensation. L’expérience cinématographique du réalisateur britannique s’avère tout aussi impressionnante. Du pré vert en début du tournage aux tranchées, à un tunnel qui s’effondre, puis face au crash d’un avion de reconnaissance, et en final à l’assaut d’un bataillon, le suivi dégage une réalité impressionnante invitant le spectateur à se faire le troisième membre de cette expédition suicidaire. Entouré judicieusement du chef opérateur Roger Deakins, oscarisé en 2018 pour Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, le réalisateur donne au récit quelque chose d’intime, un visage humain poignant dans lequel brillent les jeunes acteurs Dean-Charles Chapman (23 ans) et George MaKay (28 ans).

Fleurs de cerisier pour réconfort

Blake et Schofield, deux sensibilités qui s’opposent, sont en route pour le pire. La traversée d’un verger ou la rencontre d’un bébé orphelin seront les rares situations leur permettant – comme aux spectateurs – de reprendre leur souffle. Arriveront-ils tous deux au but? N’en disons pas davantage. Si le film, un des favoris aux Oscars 2020, surmonte des défis techniques plus qu’il ne raconte l’histoire de la Grande Guerre, il s’inscrit d’emblée par sa spécificité dans la mémoire du cinéphile. 

«1917» UK, USA, drame, historique, guerre, 119’, vost ou traduit, âge 14/14 ans. De Sam Mendes. Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman et Mark Strong. Sortie le 15 janvier 2020