La glace des rivières était utilisée à bon escient

Gérard Bourquenoud    |  Lors des  hivers rigoureux connus par le passé, les cours d’eau se couvraient de glace. A certains endroits, lorsque le gel était quotidien à moins 10 degrés ou même plus, la nature offrait un véritable spectacle et les rivières étaient d’une beauté exceptionnelle. Et quand le dégel se produisait, cela valait également le déplacement pour récupérer la glace qui s’écoulait en morceaux dans la rivière. C’est ainsi que le 3 février 1893, sur le parcours de la Sarine, plus précisément à La Tine, entre Montbovon et Château-d’Oex, il se formait un amoncellement de glace qui, parfois, était évalué à des centaines de m3. Ce fut aussi le cas aux chutes de la Jogne à la Tzintre près de Charmey, dans les gorges du Gotéron à Fribourg, à l’Hongrin au Pays d’Enhaut. Cette glace des rivières était parfois de 50 cm à 80 cm d’épaisseur, ce qui nécessitait des outils spéciaux pour la découper en morceaux, comme le montre la photo prise sur la Sarine il y a plus d’un siècle. Elle était utilisée tout particulièrement pour assurer le  transport des marchandises périssables par camion, les chambres froides des bouchers ou encore les établissements publics pour le service des boissons. Et lorsqu’il n’y avait plus de glace, la population conservait les produits d’alimentation dans des caves souterraines en plaine et dans des cavernes creusées dans les rochers en montagne.

De nos jours, il arrive parfois que les rivières ou les petits lacs soient gelés durant une semaine, mais guère plus. Et la couche de glace est si mince qu’elle n’est plus exploitée. Elle a été remplacée il y a fort longtemps par des camions frigos et des congélateurs.