La France a donc des ennemis…

Laurent Vinatier | C’était évident, diront certains; compte tenu des interventions françaises au Mali, en Libye, en Syrie, aussi mesurées soient-elles. Mais ce n’est guère évident pour tout le monde, au regard du dépourvu généralisé qui transpire lorsque les batailles se déroulent sur le territoire national, dans les bureaux de Charlie Hebdo ou dans les rues de la capitale. Si la France est en guerre en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient, il est probable qu’elle le soit chez elle également. C’est bien la moindre des choses à reconnaître et l’horreur des événements récents – attentats kamikaze et fusillades à la kalachnikov au cœur de Paris – le rappelle bien trop tard. Disons qu’il s’agit d’assumer ses responsabilités: on frappe, on est frappé et on refrappe… sans doute plus fort. La violence appelle la violence, certainement, et il est absurde de chercher à savoir qui a commencé.
La France est en guerre désormais et pas seulement sur de lointains terrains déjà en perdition. Comme toujours, les premières réactions sont volontaires: «même pas peur», «nous devons rester unis»; on peut même entendre certaines analyses, plutôt pertinentes, mettant en avant que la pire chose pour les autorités françaises serait d’accentuer la pression et la répression contre les populations musulmanes de France ou de renforcer les sorties aériennes en Syrie (ou ailleurs) et tuer ainsi davantage de musulmans… car c’est précisément ce qu’attendent les organisations terroristes qui recrutent et mènent ces opérations. Mais comment mener la guerre si on ne peut rien faire? Les gens «normaux» attendent une réponse et beaucoup n’éviteront pas l’amalgame anti-islam, tout naturellement.
Il est probable dans ce contexte que Marine Le Pen l’emporte dès 2017. C’est la pente normale de ce combat qui prend forme et qui croît, mais dont il tient aux musulmans eux-mêmes de tenter d’en limiter la portée. A eux de prendre leurs responsabilités, de s’engager sérieusement contre les tendances extrémistes de leur propre religion. On attend encore une déclaration forte des nombreuses autorités de l’islam sunnite condamnant les dérapages insensés de quelques groupes se réclamant du même dieu. On attend même de leur part, dans un monde idéal, des efforts concomitants en ce sens, visant assez directement à régler le problème du radicalisme islamiste. Je crains et je ne suis sans doute pas le seul, que tant que cela ne sera, l’escalade est inévitable, avec Marine Le Pen d’abord puis de manière exponentielle jusqu’au clash annoncé des civilisations.